Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les scouts font feu de tout bois en Russie

Publié le par SABAKA


Interdit par le pouvoir bolchevique, le scoutisme renaît aujourd’hui en terre russe et orthodoxe. Plusieurs milliers de jeunes s’enrôlent dans un mouvement qui revient aux sources religieuses de son fondateur, l’anglais Robert Baden-Powell.

 

Toujours prêts, ils le sont. Pourtant, en Russie, ils ont dû accomplir une longue traversée du désert avant de pouvoir rejoindre la grande famille des scouts. En effet, il y a quatre-vingt-deux ans, les bolcheviques interdisaient le scoutisme au moment où l’organisation léniniste des Pionniers soviétiques voyait le jour. Aujourd’hui les Novyé Izvestia veulent marquer ce double anniversaire.

Le quotidien moscovite rappelle que ce mouvement d’éducation physique et morale de la jeunesse, inventé il y a près de un siècle par un général et "en fait espion patenté" de Sa Majesté britannique, Robert Baden-Powell, fut introduit en Russie par un capitaine de l’armée tsariste, Oleg Ivanovitch Pantioukhov. Cette relation étroite entre le mouvement et la garde blanche tsariste condamna les scouts aux yeux des bolcheviques, qui voyaient en eux des "agents de la bourgeoisie mondiale".

En 1922, les bolcheviques instaurèrent à la place du scoutisme une organisation similaire déclinée en trois niveaux : les komsomols (ou Jeunesses communistes) et les pionniers (10-14 ans) et octobristes (7-9 ans) pour les plus jeunes. Les Novyé Izvestia soulignent à propos des pionniers qu’ils "ont repris plusieurs attributs, règles et traditions des scouts. Par exemple, à l’appel ’scouts toujours !’ ils répondent : ’prêts !’. On retrouve également le tambour, le clairon et les feux de camp. Les pionniers léninistes ont seulement troqué le lys de l’insigne scoute contre un bûcher, les foulards bleus ont pris la couleur rouge et la foi en Dieu a été détrônée par l’idéologie communiste."

Plongeant dans l’univers renaissant du scoutisme russe, le quotidien moscovite s’est rendu dans l’un des plus grands camps de la banlieue de Moscou, celui de la troupe de la Cathédrale blanche, à Egorevsk. A sa tête, Pavel Zemskov y dirige sept équipes de scouts. Cet officier de réserve devenu professeur de culture physique veut s’inscrire dans la plus pure tradition du scoutisme. A cet égard, les écarts de conduite tolérés chez les pionniers ne le sont plus chez les scouts. "Ici la sobriété et l’antitabagisme sont de rigueur. Outre une tempérance de l’esprit permanente, le jeune scout doit rayonner de fermeté et toujours sourire. A l’examen, pour avoir le droit de porter l’insigne scoute, on vérifie sa connaissance de l’histoire du mouvement : les biographies de Robert Baden-Powell et d’Oleg Pantioukhov." Quant au salut, il a repris sa signification originelle : "Les trois doigts levés représentent les trois composantes de l’idéologie scoute, le devoir de servir Dieu, la patrie et soi-même", indique Pavel Zemskov.

L’un des aspects les plus remarquables du renouveau scout en Russie est l’omniprésence des prêtres : "Rite d’initiation, consécration du camp, prières matinales et diurnes. De plus, les activités s’orientent en particulier vers la rénovation des églises et des temples."

Aujourd’hui, la Russie, avec Saint-Pétersbourg comme capitale du scoutisme russe, compte six grandes organisations qui se partagent entre 10 000 à 23 000 garçons et filles, accueillis dès l’âge de sept ans. La guerre entre pionniers et scouts aura-t-elle lieu ? Lors de l’effondrement de l’Union soviétique, il y avait 22 millions de pionniers, rappellent les Novyé Izvestia. Désormais ils sont quelques milliers à Moscou, regroupés au sein de l’Union des organisations de pionniers-Fédération des unions d’enfants, mais on ne connaît pas leur nombre dans les régions. Pour le quotidien russe, "la roue de l’Histoire est revenue sur ses pas".

Philippe Randrianarimanana © Courrier international

Commenter cet article