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Les cheminots réclament une augmentation des salaires

Le Courrier de Russie |6 Mai 2008 | Edition 123 | La Une | Inna Soldatenko |

 

Ce lundi, des milliers d’employés moscovites sont arrivés au travail avec quelques heures de retard. Habitant la banlieue, ils n’ont pas pu prendre leur train électrique pour gagner la capitale le matin : cent soixante conducteurs avaient déclaré une grève et refusé de s’asseoir au volant de leurs engins. Dans une Russie peu habituée aux manifestations pour défendre les droits des travailleurs, la démarche des cheminots a constitué un choc à tous les niveaux.

Le RJD, équivalent russe de la SNCF, s’est empressé de qualifier le mouvement d’« illégal », en appelant à une loi qui interdit aux employés des chemins de fer de cesser volontairement leur travail. Les médias pro-gouvernementaux ont unanimement traité les grévistes de « provocateurs » et se sont indignés de leur volonté d’être rémunérés « mieux que des médecins ». (cf. le quotidien Izvestia). L’augmentation significative de leur salaire mensuel est en effet en tête des revendications des cheminots. Les conducteurs de trains électriques gagnent actuellement environ l’équivalent de 800 euros par mois, pour une journée de travail de douze heures, effectuée dans des conditions qui sont loin d’être satisfaisantes. « Tout le monde connaît l’état déplorable de nos trains, affirme un gréviste qui souhaite garder l’anonymat. L’équipement vieilli expose les voyageurs à des risques permanents. De plus, il est impossible de remplacer certaines pièces détachées, parce qu’on ne les fabrique plus. Il est extrêmement difficile pour nous d’assurer la sécurité des voyageurs, et nous travaillons donc dans un état de stress permanent. »

 D’après les cheminots rebelles, la direction du RJD est d’accord sur le fait que les conducteurs devraient être mieux payés, quoique, selon elle, une telle mesure ne devrait être applicable que pour un petit nombre d’élus. Sergueï Linev, un des organisateurs de la grève, affirme que certains conducteurs ont vu leur salaire augmenté jusqu’à 1300 euros depuis janvier 2008, sans que la hiérarchie ait daigné éclaircir ses critères de sélection. «Imaginez, confie Linev. Je travaille dans le même dépot que mon collègue, nous conduisons les mêmes types de trains sur les mêmes directions. Son salaire est bien plus élevé que le mien, et personne n’est capable de nous expliquer pourquoi. Nous exigeons donc une rémunération mensuelle de 1300 euros pour l’ensemble des conducteurs ! ». Une autre revendication des grévistes concerne une prime d’ancienneté, récemment supprimée. « La prime a été supprimée d’une manière illégale, affirme Linev, et nous possédons le verdict du tribunal qui confirme, datant d’un an déjà.»

 La grève, entamée le 27 avril à 4.00 du matin et poursuivie jusqu’à minuit, a été menée par le Syndicat des brigades de locomotives des cheminots de Russie, indépendant du syndicat principal et réunissant 2000 personnes environ. « Les membres de notre mouvement subissent des discriminations permanentes, s’indigne Linev. On nous accorde plus difficilement des congés qu’aux membres de l’autre syndicat, qui soutient l’administration sur tout et tout le temps. Nous sommes régulièrement privés de primes et menacés de licenciements. » La fin de ces injustices de traitement constitue la troisième revendication des grévistes.

L’association avait déjà tenté d’organiser une grève fin novembre, mais la Cour de Moscou le leur avait interdit. C’est sans préavis que les cheminots se sont arrêtés de travailler cette fois-ci. « Nous sommes conscients de transgresser la loi, précise Linev. Mais que voulezvous ? Une grève dans les chemins de fer est de toute façon illégale. Nous nous trouvions dans une impasse, et n’avions pas d’autre solution. »

Pour Evgueni Gontmacher, directeur du Centre de politique sociale auprès de l’Institut de l’Economie de l’Académie des Sciences, la grève des cheminots découle paradoxalement de l’amélioration de la situation économique du pays. « Les gens ne se battent plus pour un morceau de pain aujourd’hui, mais bien pour leur dignité, affirme le chercheur. Les cheminots comprennent que le RJD est une entreprise qui réussit, et ils souhaitent participer davantage au partage des bénéfices, ce qui est tout à fait compréhensible. » Du côté de l’administration des chemins de fer, on ne semble pas partager cet avis. Les représentants de la direction refusent jusqu’à présent de prêter la moindre attention aux exigences des grévistes et affirment n’avoir aucunement l’intention de revoir les salaires à la hausse. L’administration constitue actuellement un dossier de plainte contre le mouvement pour le tribunal de Moscou en charge des transports en communs. 


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