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A chacun son russe...

Publié le par SABAKA

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Le Courrier de Russie |26 Juin 2008 | Edition 126 | Culture | Camille Bourguignon |




Ou comment l’apprendre sans souffrir

Débarqué à Moscou, vous vous demandez bien de quoi vos voisins discutent dans le métro et êtes fasciné par cet enfant qui n’éprouve aucune difficulté à parler cette langue pourtant si compliquée, bref, le russe reste pour vous un immense mystère... Le Courrier de Russie a trouvé pour vous huit façons d’apprendre le russe à Moscou sans vous arracher les cheveux. Des méthodes les plus classiques aux plus originales, des plus douces aux plus intensives. Tous les moyens sont bons pour briser la barrière linguistique!

Institut Pouchkine : Des cours sympas et vivants... une organisation qui laisse à désirer, Grégory, 27 ans.

L’Institut Pouchkine propose des cours collectifs bon marché toute l’année, ainsi que des stages linguistiques en été. Il offre d’autre part des facilités pratiques : visa, logement et enregistrement. Arrivé avec quelques bases de russe (« j’étais incapable de comprendre une phrase... »), Grégory, 27 ans, a particulièrement apprécié l’enseignement « vivant » choisi par l’établissement. La méthode : Parlez ! « Peu importent les fautes : les professeurs cherchent surtout à nous faire communiquer ». Une fois répartis en petits groupes de niveau, les élèves sont plaçés en situations concrètes grâce à des jeux de rôles. « Ca m’a vraiment permis de me déshiniber, confie Grégory, et, à mon retour en France, je n’avais plus peur de converser en russe. » Sur le campus, des élèves de toutes nationalités se côtoient avec, le plus souvent, le russe comme langue unique de communication. Comme le souligne Grégory, l’ambiance des stages d’été est à la distraction : « Des bars et des boîtes se trouvent sur le territoire de la fac, tout le monde n’assiste pas aux cours qui n’ont pourtant lieu que le matin, explique le jeune Français, mon voisin de chambre slovène, par exemple, venait uniquement pour les filles... » Certains regretteront pourtant que cette atmosphère détendue règne aussi dans les structures : « le système d’évalutation et de répartition est plus qu’approximatif et la qualité des professeurs aléatoire, souligne encore le jeune homme, mais bon... c’est sympa. »

MGU : Des profs rigoureux qui n’économisent pas leur temps. Constance, 26 ans.

Diplômée de l’Université de langues de Salzburg, Constance a eu l’opportunité d’enseigner à la MGU et d’apprendre le russe par la même occasion. « Nous n’étions que deux dans mon groupe, car mon collègue italien et moi parlions si mal russe qu’on ne pouvait s’intégrer à aucun groupe. », explique la jeune femme. Deux professeurs réservés, donc, 4 heures 3 fois par semaine. Constance se rappelle que les enseignantes étaient « des modèles de patience et de rigueur et n’économisaient jamais leur temps... ». La méthode, selon elle, est très simple : « Pratique, pratique, pratique ! » Avant d’ajouter cependant : « c’est épuisant, il faut se concentrer à chaque instant, les professeurs ne traduisent pratiquement rien et expliquent tout en russe. » Car ces cours, très structurés, mélangent règles de grammaire, phonétique, lecture, écriture et expression orale. Pourtant les efforts payent ! A la fin du premier semestre, Constance était capable de se débrouiller dans la vie de tous les jours et d’échanger sur des sujets simples. Au bout d’une dizaine de mois de cours, Constance réalise que, parfois, elle « parle russe sans s’en apercevoir ». Cette Autrichienne déplore cependant le trop grand nombre d’étrangers sur le campus de l’université car ce phénomène « permet de se reposer en parlant anglais ou allemand. »

 Université Lumumba : Enseignement stakhanoviste. Pierre, 20 ans.

 Six jours sur sept et cinq heures par jour : l’année universitaire à la faculté préparatoire de Lumumba est un véritable marathon. « On ne nous laisse pas le choix : une fois, on ne s’était pas réveillé, et la prof nous a téléphoné pour que l’on vienne en cours !, témoigne Pierre, 20 ans, venu dans le cadre d’un échange universitaire. Je crois désormais qu’il faut pleurer pour bien parler une langue étrangère. » Dans les classes : un maximum de 10 élèves venus des quatre coins du globe. Au programme : langue russe (grammaire et phonétique), histoire de la Russie, géographie, sport et autres matières liées aux spécialités (économie, sciences politiques, littérature...), le tout afin de permettre aux élèves débutants d’acquérir un niveau suffisant pour intégrer I’université. « Je pense que la méthode d’enseignement est héritée de la période soviétique, tout comme les professeurs et les manuels d’ailleurs ! Il n’y a que les bâtiments qui ont changé en 40 ans... , plaisante Pierre, on avait parfois l’impression qu’ils nous prenaient pour Stakhanov ! » Ici aussi, l’oral est pri-vilégié et vise, par la répétition, l’acquisition de mécanismes. Ce qui peut parfois, selon le jeune homme, « devenir carrément pesant, et prendre des allures de bourrage de crâne. » Les évaluations sont quotidiennes, et les cahiers d’exercices sont ramassés « corrigés, recorrigés et rerecorrigés », pour apprendre de ses erreurs. Que l’on se rassure toutefois : les étudiants sont ressortis épuisés mais heureux de cette course effrenée – et loin d’être achevée – vers la maîtrise de la langue russe.

Cours particuliers : Juste quelques bases avant de se lancer. Jérôme, 34 ans.

En parfait homme moderne, Jérôme suit sa femme à Moscou en juin 2003. Il met de côté sa recherche d’emploi pour se consacrer à l’apprentissage de la langue, faisant appel à un professeur particulier, trois heures par jours cinq jours sur sept. Bon élève et peu avare de son temps, Jérôme s’applique pour les devoirs à la maison : « le matin j’apprenais mon vocabulaire – entre 50 et 100 mots par jours – et je faisais mes exercices, explique-t-il, l’après-midi, le professeur venait me donner des cours. » La leçon commence par une révision du vocabulaire, puis vient l’étude de textes accompagnée de conversations. Pendant deux mois, Jérôme a suivi ces cours intensifs qu’il confie être « très fatiguants et contraignants en terme de temps. » Puis il fit le grand saut en acceptant un poste dans une entreprise russe qui ne compte que trois Français en son sein. En immersion totale, il est alors obligé de parler russe à chaque fois qu’il veut échanger. Il avoue faire beaucoup de fautes de grammaires mais l’essentiel est avant tout, pour lui, « de communiquer, pas de faire des jolies phrases ! »

Autodidacte : Je fais mes exercices de grammaire dans l’élektrichka. Régis, 25 ans.

Propulsé dans une entreprise où 80% des employés ne parlent que russe, Régis commence à se lasser de sa traductrice :
« Les Russes sont distants par nature, si bien que lorqu’on ne parle pas leur langue, l’atmosphère de Moscou est carrément aggressive. On est du mauvais côté du miroir. » L’unique solution est de briser la glace... N’ayant pas le temps de prendre des cours, Régis rentabilise au maximum le temps qui lui reste : il se réveille avec Radio Business, petit-déjeune devant TV Vesti, et travaille dans les transports en commun : « J’ai une heure de trajet en elektritchka, alors j’en profite pour apprendre le vocabulaire et je fais des exercices de grammaire. » Grâce à ses collègues russes, il a également appris des phrases essentielles, du type : « Bonjour, je suis désolé, Monsieur X n’est pas là pour le moment. Puis-je prendre votre message ? » C’est un travail de longue haleine car les progrès sont lents, mais Régis insiste : « c’est toujours mieux que de vivre à Moscou « comme en France », ce qui est tout à fait possible dans le milieu des expats. »

Colocation : Parler russe au p’tit déj. Eva, 24 ans.

Coloc’ heureuse ou malheureuse, Eva est en tout cas persuadée qu’il n’y a : « rien de tel que de parler russe au p’tit déj ». Il y a bien sûr quelques hic : cette Française de 24 ans raconte qu’au bout de trois jours ses premières colocs lui ont demandé de quitter l’appartement parce que « l’énergie ne passait pas entre elles. » Incompatibilité de caractère oblige, Eva quitte l’appartement mais ne se rend pas : elle loue une chambre chez l’habitant. « La seule chose que ma propriétaire connaisse en anglais c’est le montant du loyer, ironise-t-elle, mais l’ambiance est plus conviviale. » Baignée dans le quotidien d’une famille russe, elle acquiert un vocabulaire pratique : « A force de prendre des nouvelles du chien – principal sujet de conversation au départ – je suis incollable sur le vocabulaire canin : aboyer, pleurer, poils... » Il y a aussi toutes les petits mots du quotidien : « J’ai appris très vite à dire aspirateur et tapette à souris... ». En colocation, pas le choix donc, il faut communiquer « même quand on ne sait pas, ou qu’on n’en a pas envie. » Le confort est loin des standards européens, mais Eva est conquise : « au moins, ici, les gens prennent le temps de t’écouter, de comprendre ce que tu essaies de dire... 

Et plus si affinités... Ce n’est pas toujours facile de se comprendre. Marie, 27 ans.

Marie, dessinatrice de 27 ans, n’avait qu’une idée en tête : percer les mystères de cette culture qui la fascine. Elle abandonne rapidement les cours de l’institut Pouchkine, trop scolaires à son goût, et c’est désormais Youri, son compagnon russe, qui fera office de professeur... « Bien sûr, ce n’est pas toujours facile de se comprendre, avoue Marie, mais si l’autre prend le temps de corriger et d’expliquer, l’apprentissage de la langue peut devenir ludique ». Ainsi plongée dans la culture russe, elle a désormais des dizaines de professeurs : la famille, les amis.. Elle écoute, note les mots, et fait même quelques dictées . On est loin des cours de langue qui, selon elle, « permettent de se débrouiller mais durant lesquels on retient surtout les erreurs des autres étrangers... ». La méthode de la jeune artiste est plus directe : «Peu importent les fautes de grammaire, il faut se lancer, sans complexes. Et plutôt que de contourner les points d’incompréhension, s’y arrêter, et en démêler les fils un par un. »

Voyages : Quand on ne parle pas parfaitement, on improvise... Camille, 24 ans.

S’il existe des méthodes classiques pour apprendre le russe, Camille, lui, préfère la sienne : voyage et improvisation. Familiarisé avec le russe lors d’un séjour Erasmus en Pologne en 2005, il décide de se jeter dans le bain et part en Ukraine l’été suivant : « Avec mon amie polonaise, la répartition des tâches était simple : elle parlait, je m’occupais de
l’écrit : déchiffrer, traduire. » Le mélange de bases de russe et de polonais leur permet de se débrouiller. Une seule solution dans ces cas là : de l’audace! Pour cet étudiant de 24 ans, « le russe est une langue qui s’improvise quand on ne peut pas la parler parfaitement... » L’important étant d’établir le contact, il suit trois règles durant ses pérégrinations : « manger la fin des mots pour éviter que l’on remarque les fautes de déclinaison. Oser les barbarismes, sur un malentendu ça peut marcher, et surtout toujours prendre un air assuré pour laisser croire à l’interlocuteur que c’est lui qui se trompe. » Alors qu’il achève son master en relations internationales au sein d’une université russe, et après avoir finalement succombé à la tentation d’une méthode plus académique, le jeune diplômé insiste pourtant : « les voyages en train en terre russophone sont le meilleur moyen d’apprendre la langue. »

Sites
Institut Pouchkine : http://www.pushkin.edu.ru/  
MGU : http://www.rlcentre.com/  
Université Lumumba : http://www.rudn.ru/fpkp/deen/centre%20rus.htm

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