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Propagande et internet

Publié le par SABAKA

La crise née entre l’Occident et la Russie à la suite de l’attaque géorgienne contre l’Ossétie du Sud a révélé de manière lisible les aspects diversifiés de l’encerclement de Moscou de la part des Etats-Unis et de son bras séculier, l’OTAN.

 

Mais, ainsi qu’on a pu le voir pour la Chine lors de la campagne de presse orchestrée autour du dalaï-lama à la veille des Jeux olympiques, les grands médias occidentaux ont, dans une belle unanimité, entonné un grand air antirusse au ton directement hérité du répertoire de la guerre froide. Et comme pour la Chine hier, les grands journaux et les télévisions ont fait appel à toutes leurs ressources de savoir-faire en vue de mobiliser l’opinion contre un pays représenté comme l’avatar au moins aussi dangereux de la défunte Union soviétique. En minimisant ou en tentant d’occulter le fait que c’est bien la Géorgie de Mikheil Saakachvili qui a tenté un coup de force militaire qui s’est, pour son grand malheur et malgré l’encadrement américano-israélien de son armée, trop vite achevé sur une déroute complète.

Le ban et l’arrière-ban des propagandistes de l’atlantisme dans sa version néoconservatrice et sioniste se sont mobilisés pour peindre sous le jour le plus sombre le géant russe, en le présentant comme la plus grande menace pour la démocratie et le droit international.

Il est intéressant d’observer que dans cette surenchère antirusse, les médias les plus en pointe sont ceux qui se proclament de « gauche ». A telle enseigne d’ailleurs que les comptes-rendus sur le terrain de journalistes travaillant pour des journaux traditionnellement à droite ont montré plus de modération et fait preuve d’une rigueur nettement plus affirmée. La palme de l’outrance revenant sans conteste à une sorte de publiciste plus connu pour la profondeur de ses décolletés que pour la hauteur de sa pensée, qui n’a pas hésité à inventer des faits dont l’inexistence a été démontrée par une vérification sommaire effectuée par un journal en ligne.

Cela ne surprend guère car, comme tout lecteur algérien le sait d’expérience, les thuriféraires de « Tsahal » ont depuis longtemps fait leur devise du célèbre dicton « Vérité en deçà des Pyrénées, mensonge au delà ».

Mais le phénomène le plus intéressant dans la couverture du conflit dans le Caucase par les grands médias est la réaction des lecteurs qui s’expriment à travers les rubriques « commentaires » ou « réactions » sur les sites internet de ces journaux. Ainsi, comme cela avait été constaté à l’occasion de l’affaire Siné, les lecteurs réagissent en nombre et avec vigueur à la désinformation et aux manipulations dont ils sont les cibles. A cet égard, l’intérêt, de moins en moins évident, de consulter les sites de ces grands médias pour leur contenu éditorial est ranimé par la lecture des réactions de lecteurs qui n’hésitent pas à exprimer leur indignation et leur perplexité devant cet étalage de mauvaises manières journalistiques. Les discours de propagande et de formatage de l’opinion perdent beaucoup de leur efficacité en suscitant des polémiques et des critiques incisives dont le monde virtuel de la Toile est le théâtre permanent. La toute-puissante machine à décerveler et à fournir des réponses prédigérées à un lectorat traité avec un souverain mépris est mise à mal par une nouvelle forme d’expression décidément hostile à toute forme de contrôle idéologique.

L’Internet apparaît ainsi comme un terrain supplémentaire de l’expression démocratique, une machine à démonter la propagande. Il est naturel donc que ceux dont le monopole du discours est battu en brèche s’insurgent avec véhémence contre le Web. Leur dépit est à la hauteur de l’énorme ascendant qu’ils ont déjà perdu.

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