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Union Européenne — Russie : quelle détente ?

Publié le par SABAKA

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Le Courrier de Russie |23 Novembre 2008 | Edition 135 | International | Madeleine Leroyer |




 

Poignées de main et tapes sur l’épaule : Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev ont rivalisé d’amabilités, le 14 novembre, lors du sommet Union Européenne — Russie à Nice. A quelques heures du sommet du G20 consacré à la crise financière, les présidents français et russes se sont réjouit de leur proximité de vues sur les remèdes à prescrire au capitalisme malade, reléguant au second plan la question du règlement du conflit russo-géorgien. L’occasion pour Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l’institut Thomas More, de rappeler que l’Europe « ne doit pas passer la Géorgie par pertes et profits ».

LCDR : Ce que l’on retient du sommet de Nice, c’est davantage l‘entente affichée des présidents français et russe, que les divergences qui subsistent sur le dossier géorgien. Pourquoi ?
J-S.M. : Il y a eu un effet de calendrier, le sommet a été écrasé par la perspective immédiate du G20. Cela ne veut pas dire que les questions de sécurité perdent de leur actualité.

LCDR : Le sommet a donné lieu à l’annonce officielle de la reprise des négociations sur un partenariat stratégique entre Union Européenne et Russie. L’Union européenne cède-t-elle à la « realpolitik » face à Moscou ?
J-S.M. : Ne surestimez pas l’importance de ce partenariat. Pour le moment, il n’existe que sur le papier. Regardez sa genèse. Ses racines remontent aux années 1990 : une Russie à genoux, en pleine transition démocratique, et l’opportunité pour l’Europe de construire un grand espace continental facilitant l’accès aux ressources énergétiques. Deux idées, donc : la démocratie et l’énergie. Pour la démocratie, la Russie s’est perdue en chemin pour devenir un autoritarisme patrimonial. Concernant l’énergie, Moscou refuse toujours de signer la Charte de l’énergie qui libéraliserait l’accès à son marché au détriment de ses monopoles.

LCDR : Vous semblez très pessimiste sur la possibilité de meilleures relations…
J-S.M. : Depuis l'élargissement de l'Union Européenne aux anciens pays du bloc communiste et le soutien de Bruxelles aux révolutions de couleur, en Géorgie en 2003, et en Ukraine en 2004, les relations entre Bruxelles et Moscou étaient presque au point mort. Entre la fin du précédent Accord de Partenariat et de Coopération, et la relance des négociations en juin dernier, il a fallu endurer 18 mois de blocage. Si ça ne marche pas, c’est qu’il y a une raison. Fondamentalement la Russie ne veut pas comme partenaire d’une Europe forte, qui concurrencerait son propre projet de puissance.

LCDR : Pourtant le président russe tient un discours assez ouvert. Il l’a annoncé dans une interview au Figaro le 13 novembre : « La Russie a été, demeure, et restera une partie intégrante de l'Europe. Notre intérêt est d'avoir des relations aussi étroites que possible ». Vous n’y croyez pas ?
J-S.M. : La Russie joue sur une fausse opposition : gentille Union Européenne, méchante OTAN. Comme si 21 des 27 membres de l’Union européenne n’étaient pas également membres de l’OTAN ! En parallèle, les Russes font tout pour jouer les relations bilatérales. Pour Moscou, ce n’est pas la présidence française de l’Union Européenne qui mène la négociation sur le dossier géorgien, c’est Nicolas Sarkozy ! Pour preuve, ils ne s’en réfèrent qu’au plan « Sarkozy-Medvedev ». La Russie fait tout pour négocier directement avec l’Allemagne, la France ou l’Italie. Cela s’appelle diviser pour mieux régner.

LCDR : Comment les relations peuvent-elles progresser ?
J-S.M. : La question n’est pas de savoir comment faire progresser les relations, mais plutôt comment éviter qu’elles ne se détériorent encore. Il y a quelques années, lorsque la Pologne ou la République Tchèque justifiaient leur empressement d’adhérer à l’OTAN par la menace russe, on leur riait presque au nez. Aujourd’hui, tout le monde voit bien que la Russie n’est plus simplement un partenaire capricieux mais un réel problème pour la sécurité. Face à cela, il faut à tout prix que l’Union européenne continue d’affirmer l’unité qu’elle a su trouver. Il faut rappeler sans cesse qu’elle ne transigera pas avec l’intégrité territoriale de la Géorgie. Si l’on passe la Géorgie par pertes et profits, il est clair que les tensions rebondiront sur l’Ukraine et, plus sournoisement, sur les pays baltes. Enfin, il faut que l’Union européenne se dote d’une politique énergétique, telle que celle esquissée par la Commission européenne. La Géorgie n’est pas une petite péripétie ! Et, au-delà, c’est toute la question du libre accès à la Caspienne qui est en jeu. Ce corridor énergétique est vital pour les Européens.

LCDR : A Nice, Nicolas Sarkozy a égratigné à plusieurs reprises, sans le nommer, son homologue George Bush, moquant « ceux qui lui déconseillaient d'aller en Géorgie et même de tenir ce sommet ». Quid du facteur américain dans les relations Union européenne - Russie ?
J-S.M. : L’équilibre des puissances en Europe ne peut se penser sans les Etats-Unis. L’Océan Atlantique, ce n’est pas du vide. Il n’y a aucune commune mesure entre le volume et l’intensité des échanges Europe - Etats-Unis et Europe - Russie. L’élection de Barack Obama donne lieu à s’interroger : les Etats Unis vont-ils continuer à assumer leur leadership ou vont-ils se replier davantage sur l’espace panaméricain ? Je pense que certains diplomates russes tablent sur des tendances centrifuges, donc sur un possible désengagement des Etats-Unis vis-à-vis de l’Europe. Rien ne saurait leur faire plus plaisir !

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