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Racistes, les Russes ?

Publié le par SABAKA

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Le Courrier de Russie |18 Septembre 2009 | 152 | Politique | Inna Doulkina |




Les Russes sont des nègres blancs (dicton populaire).

 

Un dirigeant noir en Russie ? Joaquim Crima, citoyen russe originaire de Guinée-Bissau et vivant depuis vingt ans sur les bords de la Volga, veut prouver que c’est possible. Le 11 octobre 2009, il participera aux élections de la région de Volgograd, briguant le mandat de maire de la commune de Srednaïa Akhtouba et celui de député de l’assemblée locale. Le Courrier de Russie a rencontré le candidat dans un champ de pastèques, pour parler racisme et politique.

 

« Jamais de ma vie je n’irai vivre en Russie. » Frédéric, Martiniquais et réceptionniste dans un hôtel de la banlieue parisienne, me regarde avec méfiance quand je lui présente mon passeport à l’aigle bicéphale. « J’ai vu à la télévision qu’à Moscou, on agresse les Noirs dans les rues. » Difficile de nier. D’autant que cela se produit dans tous les coins du pays, de Saint-Pétersbourg à Vladivostok. J’acquiesce tristement, concédant que la Russie a encore un long chemin à parcourir en matière de lutte contre le racisme et la xénophobie.

À ma grande surprise, quand, de retour dans la mère patrie, je rapporte cette conversation à Joaquim Crima, je l’entends rire aux éclats. Probablement pour la troisième fois en l’espace de dix minutes. « C’est ce qu’il t’a dit le petit ?, demande-t-il amusé. On en trouve pourtant quelques-uns, des Noirs sains et saufs, en Russie. »

Malgré son optimisme démesuré et sa foi inébranlable en sa victoire, il avoue avoir pleinement éprouvé les effets de l’hostilité des Russes à l’égard des étrangers. Étudiant en sciences naturelles à Volgograd, en 1990, il subit les sarcasmes récurrents de ses condisciples, qui lui recommandent de prendre l’avion pour la Guinée-Bissau et de ne jamais revenir. « Le philosophe a dit : connais ton ennemi mieux que toi-même ! », déclare Joaquim. Il suit le sage conseil et se met à observer ceux qui l’offensent. Puis, en les croisant dans la cour, il leur lance : « Les gars, vous n’auriez pas un peu d’argent à me prêter ? Je n’en ai pas assez pour acheter mes bananes ».

Les racistes en herbe ne peuvent s’empêcher d’apprécier la plaisanterie. « Peu de temps après, ils sont tous devenus mes amis ! », affirme Joaquim, avec fierté. L’humour devient son arme principale pour gagner les coeurs des habitants de Srednaïa Akhtouba, petite ville de la région de Volgograd où il s’installe en 1995 avec son épouse, une Russe d’origine arménienne. « Pour un grand nombre de locaux, j’étais le premier Noir qu’ils voyaient de leur vie. Évidemment, je leur faisais peur ! », rapporte Joaquim, plutôt flatté. Les premiers mois, en apercevant sa silhouette, les autochtones changent de trottoir en courant. « Vous n’avez rien à craindre aujourd’hui, leur crie-t-il alors. Je viens de déjeuner. Je n’ai plus faim. Par contre, demain, faites attention ! »

Aujourd’hui, quand nous arpentons avec Joaquim les rues de Srednaïa Akhtouba, c'est pour venir saluer le candidat enthousiaste que les habitants changent de trottoir. Vieux et jeunes, ils lui serrent la main et lui souhaitent le succès aux élections. Même tableau au marché de Volgograd, où Joaquim passait à l’époque pour le vendeur de pastèques le plus chanceux de la région. Tapes dans le dos, encouragements et sourires. Un vieux moustachu derrière un comptoir lui fait signe d’approcher. « Alors, comment cela se passe ?, l’interroge-t-il inquiet. J’ai prévenu tous les miens. On va tous voter pour toi ! »

 


Rire pour gagner

Racistes, les Russes ? Sur la terrasse de sa maison, sous les grappes de raisin pendues à la tonnelle, Joaquim me développe sa vision de la « xénophobie nationale ». « En Russie, comme dans tous les pays du monde, on trouve un certain nombre de racistes « inspirés », qu’il est pratiquement impossible de « rééduquer ». La société peut en revanche les tenir en bride, à condition d’appliquer des lois anti-racistes avec rigueur. À leurs côtés, on rencontre des gens qui manifestent un comportement xénophobe sans réellement partager l’idéologie raciste. À force de discuter avec eux, comme je le fais régulièrement avec mes voisins, ils abandonnent leurs mauvaises habitudes. » Et d’ajouter : « Les Russes ont vécu pendant soixante-dix ans coupés du reste du monde, et cela explique largement leur attitude méfiante envers les étrangers. C’est un phénomène que les Européens peinent à comprendre. »

Au lieu de blâmer les idées reçues, Joaquim en fait la matière de ses blagues incessantes. « Je vais trimer comme un nègre », peut-on lire sur ses affiches électorales. Et la liste des tâches qu’il s’est fixées est effectivement longue. Ressusciter l’agriculture et l’élevage. Faire réparer les routes – « car, quand il pleut, elles se transforment en lacs de boue, et sur ce fond, les gens ont du mal à me discerner » –, approvisionner tous les habitants en gaz et eau potable. Puisque, dans ce district qui compte une ville et soixante villages peuplés en tout de 55 300 habitants, l’accès au confort moderne reste très limité. Les ménages qui n’ont pas de puits vont chercher de l’eau dans une source forestière ou chez des voisins plus chanceux. Pour pallier ces difficultés, Joaquim envisage de tirer les financements nécessaires de l’exploitation « efficace » des terres de la région. Parmi ses projets : la reconstruction des fermes laitières et la restauration des serres pour fruits et légumes, détruites dans la débâcle générale des années 1990. « Je suis persuadé que nous trouverons les moyens pour réaliser ces changements, affirme-t-il, sans hésitation. Car je ne compte pas m’offrir un jet privé comme d’autres fonctionnaires. »

« Ce n’est pas pour cela que je me présente aux élections, déclare-t-il, soudain sérieux. Ce que je veux, c’est inscrire mon nom dans l’histoire de cette région et dans celle de la Russie. » Et d’énumérer les noms de personnages ayant oeuvré pour la grandeur d’un pays qui n’était pas le leur : « Napoléon était italien, Catherine II était allemande ; et l’ingénieur qui a fait reconstruire l’usine de tracteurs de Volgograd après la Deuxième Guerre mondiale était américain. Noir, en l’occurrence ! Ce ne sont pas mes origines africaines qui m’empêcheront d’aider la Russie à reconquérir sa puissance. »

 

Grande Russie

Joaquim commence à s’intéresser à la Russie dans une caserne militaire de Bissau. Agé de 10 ans, il vient rendre visite à son oncle et rencontre deux commandants soviétiques, tout heureux de livrer au gamin leurs témoignages sur le plus beau pays du monde, où les hommes volent dans des vaisseaux spatiaux et où personne ne meurt de faim. Cette dernière affirmation, Joaquim faillit la voir démentie quand il débarque, en 1989, dans le pays de ses rêves où la pénurie bat son plein. « Les premières années étaient les plus dures, raconte-t-il. Rayons vides. Queues interminables. Misère sans nom ». Mais, au contraire de ses nombreux condisciples retournés dans leurs pays d’origine, Joaquim décide de poursuivre ses études à Volgograd.

Depuis 1993, il n’a jamais remis les pieds en Guinée-Bissau. Et, même s’il raconte rêver, la nuit, de l’Océan Atlantique où il pêchait des requins, l’envie de retrouver sa terre natale ne semble pas le tourmenter outre mesure.

Il s’offusque quand je lui demande s’il se sent véritablement Russe. « Je suis un aigle russe ! », réplique-t-il, amusé, dans un russe impeccable. C'est ainsi qu'il avait appelée sa première entreprise de distribution de produits de beauté, avant de se lancer avec son beau-père dans le commerce des pastèques. Son propre nom est désormais russe également. « Vassili Ivanovitch », c’est ainsi que s’adressent à lui ses amis et voisins. « C’était le nom d’un professeur de chimie que j’avais à la fac, explique Joaquim. Il était particulièrement sévère. J’étais le seul à avoir réussi son examen du premier coup. Depuis, tout le monde m’appelle comme ça. »

Comme la majorité des Russes, Vassili Ivanovitch approuve entièrement Poutine et accorde une pleine confiance à Medvedev : « Il est indéniable que les Russes vivent bien mieux aujourd’hui que dans les années 1990. Poutine veut que la Russie redevienne un grand pays, que les gens retrouvent confiance en eux-mêmes et en leur avenir. Et je veux l’aider à réaliser son plan. » Membre du parti au pouvoir Russie Unie, Joaquim espère que sa victoire permettra de redorer le blason de la Russie vis-à-vis du reste du monde : « Si je gagne, les gens comprendront que la Russie n’est pas un pays barbare et raciste et que les Noirs ne s’y font pas seulement agresser dans la rue. Ils y ont aussi leur place. »

 

Inna Doulkina a également rencontré Philippe Kondratiev, le deuxième candidat noir à poser sa candidature au poste de maire de la commune de Srednaïa Akhtouba. Lisez ici son interview.



suite ICI

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hermann 28/02/2012 22:51


cest tres bien de pense a ca mais il vaut mieux alley aider tes freres africains , laisse les russes ils ne changeront , moi aussi je vi ici depuis plus de 8 ans alors le baratins ca ne marche
pas avec nous , aucun etranger ne veut vivre ou rester ici 

SABAKA 29/02/2012 12:52



bonjour, 


un peu agressif ton message, tu ne trouves pas ? Tu me reponds d aller aider mes frere africains, mais sache que je ne suis ni africain, ni noir. Ce que je veux montrer dans cette acticle, c est
que les russes ne sont pas obligatoirement racistes. Cet article le demontre. 


Ton message est plus tot vague, je ne sais pas qui tu est, africain ou pas et ou tu vis. Tu dis vivre ici depuis 8 ans mais ou ?