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Église russe : le retour de la guerre froide

Publié le par SABAKA

Église russe : le retour de la guerre froide

 

Photo : Groupe Nice-Matin et DR
Jean Gueit, recteur de l'église russe de Nice : « On veut nous faire passer de force sous le patriarcat de Moscou. »

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L'église russe à la Russie ! La cathédrale Saint-Nicolas dans l'escarcelle moscovite ! Un coup de tonnerre dans le ciel azuréen, et déjà la ruée des fantasmes et des peurs sur l'avenir d'un joyau du patrimoine de la ville. Au lendemain de la décision du tribunal de grande instance de Nice, clôturant - sous réserve de l'appel - un vieux débat sur la propriété de l'édifice et de ses vastes jardins, la guerre est ouverte. Une guerre froide où deux camps se répondent à coups redoublés.

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Le combat est d'autant plus ardent que les belligérants sont issus des mêmes rangs. Ceux de l'association cultuelle orthodoxe russe de Nice (Acor), revendiquant une petite centaine d'adhérents. Parmi eux, des partisans résolus et de farouches opposants.

« L'oeil de Moscou »

D'un côté, le père Jean Gueit, recteur de l'église russe et président de l'Acor. Pour lui, c'est une évidence, l'édifice est français.

De l'autre, André, le gardien. En quelque sorte, l'employé du premier. Il milite pour la légitimité de la requête russe, épaulé par une fraction des fidèles où l'on trouve notamment plusieurs descendants des « Russes blancs » (1).

« Ce gardien joue contre nous. C'est un peu l'oeil de Moscou », dégaine le recteur qui dénonce un « climat de discrédit et même de calomnie » contre lui. « Tout cela fait partie d'une campagne de déstabilisation. Je suis d'origine russe, je célèbre les offices en russe, je me sens l'héritier de toute une tradition orthodoxe. Et voilà qu'un commando m'accuse quasiment de russophobie ! », déplore Jean Gueit.

Une autre attaque le viserait : « Ces temps-ci, on parle beaucoup de l'argent de l'Acor. Notre budget s'élève à 550 000e, il est alimenté pour moitié par le produit des entrées. Je rappelle que nos recettes sont intégralement absorbées par les charges et que nos comptes sont publiés et validés chaque année. J'ajoute que je suis moi-même bénévole, vivant de mes cours de droit à l'université d'Aix-en-Provence. »

« Oui, nous sommes en conflit »

Le gardien est d'un tout autre avis : « Le tribunal est très clair, il n'y a qu'un propriétaire et c'est la Russie. Cette décision doit être respectée. Oui, nous sommes en conflit. Mais nous sommes en France. En démocratie... »

D'origine russe, lui aussi, André occupe ce poste depuis quinze ans. En 2006, il s'est vu infliger trois jours de mise à pied pour avoir laissé entrer Alexandre Avdeev, alors ambassadeur de Russie en France. Sous son nom, l'Acor faisait déjà l'objet d'une assignation. « J'ai gagné aux prud'hommes », dit André : « C'était un visiteur anonyme, je ne pouvais pas connaître sa qualité. »

Le recteur, qui en doute, tient à souligner que « le gardien a été débouté de ses autres demandes concernant une régularisation de sa situation. » Quant au visiteur anonyme, il est aujourd'hui ministre de la Culture en Russie.

« Anguille sous roche »

Après trois années d'échanges à fleuret moucheté, les adversaires viennent de passer à la vitesse supérieure. Un affrontement à couteaux tirés, sur fond de lutte d'influence entre deux obédiences.

« Il y a anguille sous roche », estime Jean Gueit. Il se retranche derrière une page de l'histoire qui remonte à la Révolution russe : « L'indépendance ne pouvant plus être assurée sous le régime bolchevique, l'église russe de Nice s'est affiliée à l'archevêché de Constantinople. Aujourd'hui, certains aimeraient nous faire passer de force sous le patriarcat de Moscou. »

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