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L’Ukraine penche à nouveau vers la Russie

Publié le par SABAKA

L’Ukraine penche à nouveau vers la Russie



Le deuxième tour de la présidentielle ukrainienne a donné une avance significative au candidat pro-russe Viktor Ianoukovitch. Les observateurs ont jugé que le scrutin s’était déroulé de façon transparent et honnête


Un partisan de Viktor Ianoukovitch, lundi 8 février, devant la commission électorale à Kiev (AP/Lukatsky).

Ioulia Timochenko a semblé, toute la journée du lundi 8 février, avoir du mal à concéder sa défaite. La dame de fer de la révolution orange, aujourd’hui premier ministre en Ukraine, a été devancée de deux points au second tour de la présidentielle par Viktor Ianoukovitch. Les résultats quasi définitifs, portant sur 95 % des bulletins, donnent 48,23 % des votes à Viktor Ianoukovitch contre 46,14 % à Ioulia Timochenko.

La différence représente environ 150 000 voix. La tentation de contester devant les tribunaux ou dans la rue est forte, pour «Lady Iou». Mais compte tenu de l’écart, il apparaît très difficile pour elle d’obtenir une inversion des scores. Le premier ministre s’est pourtant abstenue, lundi, de tout commentaire, repoussant à plusieurs reprises sa conférence de presse tout au long de la journée. Elle ne devrait finalement briser son silence que ce mardi 9 février.

La mission d’observation de l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) a semblé lundi vouloir l’encourager à reconnaître sa défaite. Le président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, Joao Soares, a salué un vote et un décompte des voix « professionnels, transparents et honnêtes ». Il a appelé les dirigeants ukrainiens à « écouter le verdict du peuple et faire en sorte que la transition soit pacifique et constructive ».

Ianoukovitch a annoncé une «nouvelle page dans l’histoire de l’Ukraine»

L’absence de score supérieur à 50% s’explique par la possibilité, pour les électeurs, de voter « contre tous ». Le fait que plus de 5% des Ukrainiens aient choisi cette option démontre leur degré de lassitude. Viktor Ianoukovitch obtient à peu près le même nombre de voix qu’il y a cinq ans. Mais face à lui, le camp orange ne s’est pas mobilisé, déçu et fatigué des promesses non tenues de la révolution démocratique de l’hiver 2004. Viktor Ianoukovitch a aussi bénéficié de la crise économique qui a sévèrement frappé l’Ukraine. C’est donc davantage une défaite de Ioulia Timochenko qu’une victoire de Viktor Ianoukovitch.

Cette relative stabilité de l’électorat est un des phénomènes les plus préoccupants pour l’avenir de l’Ukraine : à chaque élection, se reproduit en effet l’affrontement entre l’est et l’ouest du pays. Dimanche, Ioulia Timochenko a obtenu des scores proches de 70% dans l’ouest de l’Ukraine, tandis que Viktor Ianoukovitch obtenait 80% des voix dans l’est.

Viktor Ianoukovitch a annoncé, sitôt la victoire acquise, vouloir ouvrir une « nouvelle page dans l’histoire de l’Ukraine ». Il souhaite la démission du premier ministre, Ioulia Timochenko. Mais il n’est pas sûr que celle-ci abdique sans se battre. Or le président n’a pas le droit de dissoudre immédiatement le parlement. Il ne peut le faire que si la coalition actuellement constituée éclate, ou si le parlement ne peut travailler durant un mois.

Un succès pour la Russie, un recul de l’influence européenne

L’élection présidentielle devrait donc déboucher sur une nouvelle guerre d’influence au sein du parlement monocaméral qui compte 450 élus. Les députés des groupes alliés de Ioulia Timochenko, dont Notre Ukraine, la formation de l’ex-président Viktor Iouchtchenko, seront très courtisés. La constitution d’une nouvelle majorité ne devrait, en tout cas, pas être possible avant plusieurs semaines.

Viktor Ianoukovitch n’a pas révélé ses priorités durant la campagne. Il s’est contenté de dénoncer ses adversaires. Il souhaite cependant conduire une politique plus conciliante vis-à-vis de la Russie. Il veut réintroduire des visas pour les Européens, qui peuvent aujourd’hui se rendre librement en Ukraine.

Il pourrait aussi être tenté d’entrer dans une Union douanière que lui propose la Russie, et à laquelle participent déjà la Biélorussie et le Kazakhstan. Cette décision, signifierait que l’Ukraine renonce à entrer dans l’espace européen de libre-échange , alors même qu’elle négocie déjà avec Bruxelles.

Autre dossier important : le transit du gaz. Viktor Ianoukovitch est ouvert à l’idée d’offrir à la Russie un contrôle du gazoduc qui traverse l’Ukraine. Enfin, il pourrait aussi accepter de prolonger le bail de la flotte russe à Sébastopol, en Crimée, qui se termine en 2017. La victoire de Viktor Ianoukovitch constitue donc un succès pour la Russie et un recul de l’influence européenne à sa frontière orientale.
Alain GUILLEMOLES

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