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Mort controversée d'un juriste en prison: Medvedev exige une enquête

Publié le par SABAKA

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Par Amélie HERENSTEIN

 

Le président russe Dmitri Medvedev a ordonné mardi l'ouverture d'une enquête sur la mort en prison du juriste Sergueï Magnitski, alors que pleuvent désormais les accusations de "meurtre" et les dénonciations des sévices "de routine" infligés dans les geôles russes.

Le président "a chargé le procureur général Iouri Tchaïka et le ministre de la Justice Alexandre Konovalov de mener une enquête sur les circonstances de la mort du juriste Sergueï Magnitski", ont rapporté les agences russes, citant la porte-parole du Kremlin Natalia Timakova.

Dans son attitude, M. Medvedev se distingue de son prédécesseur Vladimir Poutine par une plus grande sensibilité au thème des droits de l'Homme, mais les militants n'en déplorent pas moins une détérioration de leur situation depuis son élection au printemps 2008, avec de multiples assassinats non élucidés.

Le comité d'enquête du parquet a rapidement réagi à la demande présidentielle en annonçant l'ouverture d'une enquête criminelle pour "non-assistance à personne malade" et "négligence", selon un communiqué.

Soupçonné d'une fraude fiscale d'un montant de 500 millions de roubles (12 millions d'euros), le juriste était en détention provisoire depuis son interpellation fin 2008 quand il est mort, à 37 ans, le 16 novembre dans une prison de Moscou dans des circonstances controversées.

Dans son journal, dont des extraits ont été publiés vendredi par le journal d'opposition Novaïa Gazeta, le juriste racontait les conditions épouvantables de sa détention, marquée par l'insalubrité, le froid, la faim et la promiscuité, et ses vains efforts pour obtenir un accès aux soins, alors qu'il souffrait selon ses proches de douleurs rénales aiguës.

Selon une source dans les forces de l'ordre citée mardi par Interfax, la cause du décès a été établie: "La conclusion du procureur est déjà prête: selon elle, Magnitski est mort d'une insuffisance cardiaque à l'hôpital pénitentiaire".

Son décès a suscité de vives réactions en Russie comme à l'étranger.

Ella Pamfilova, la présidente du conseil pour les droits de l'Homme auprès du président russe l'a qualifiée lundi de "meurtre et de tragédie" lors d'une rencontre avec M. Medvedev. "La mort subite en centre de détention est presque devenue une maladie professionnelle pour les entrepreneurs russes", a-t-elle déploré.

Bill Browder, président du fonds d'investissement Hermitage Capital Management pour lequel travaillait le juriste, a pour sa part qualifié lundi la Russie d'"Etat criminel".

Sergueï Magnitski a été pris en "otage et ils ont tué leur otage", a-t-il déclaré, accusant les autorités russes d'avoir refusé au juriste un traitement médical pour le pousser à signer de fausses confessions.

"Magnitski n'est pas mort par hasard. Il est mort parce que des employés corrompus du ministère de l'Intérieur l'ont tué. Ils ont sciemment emprisonné un homme innocent, détruit sa santé et l'ont empêché d'accéder à des soins médicaux", accuse de son côté l'avocat Jamison Firestone, un ancien collègue du défunt, dans une tribune au quotidien Moscow Times.

"Et l'histoire de Magnitski est d'autant plus épouvantable qu'elle constitue désormais une routine. (...) Des responsables corrompus ouvrent régulièrement des enquêtes criminelles contre des innocents, emprisonnent et tuent des gens et volent impunément", poursuit-il.

Le quotidien américain Wall Street Journal a lui aussi dénoncé dans un éditorial un "meurtre autorisé par l'Etat". Son homologue français, Le Monde estime pour sa part que "maintenir derrière les barreaux un malade sans qu'il puisse bénéficier d'un traitement médical adéquat relève de la torture".

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