Entretien avec le chef de la mission d'observateurs de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe La délégation présidée par Andreas Gross fut le seul groupe d’observateurs étrangers ayant accepté de se rendre en Russie pour les présidentielles du 2 mars. Le conseiller national zurichois a fourni au Courrier de Russie son explication de la victoire de Dimitri Medevedv. Le Courrier de Russie : Agacé par le refus des observateurs européens de venir en Russie pour la présidentielle, Vladimir Poutine leur avait conseillé de rester chez eux pour « apprendre à leurs femmes à préparer la soupe au chou ». Avez vous été choqué et pourquoi avez vous accepté de venir ? A.G. : Je ne me suis pas senti visé ! D’expérience, je sais qu’on peut discuter sérieusement avec Poutine. Il peut être parfois agressif. Dmitri Medvedev semble l’être beaucoup moins. Il a refusé de nous voir avant la présidentielle : au Kremlin, ils n’ont pas l’habitude de rencontrer des parlementaires, surtout ceux qui peuvent poser des questions critiques. Nous avons accepté de venir car nous étions sûrs de pouvoir travailler normalement, de voir la réalité électorale russe puis de la critiquer. Le pire, c’est de rester chez soi et de juger derrière son écran d’ordinateur en surfant sur le web. LCDR : Sur le terrain, cette présidentielle a-t-elle été libre et équitable ? A.G. : Pas du tout ! Et nous l’avons déjà dit il y a trois semaines. Parce que les médias n’ont pas été équitables dans la couverture des candidats. Et parce que les mouvements politiques indépendants font face à des obstacles. Le résultat aurait été beaucoup plus difficile à prédire si leurs candidats avaient été autorisés. Beaucoup de Russes qui ne sont ni communistes, ni nationalistes et ni pro-Kremlin n’avaient pas de candidat en qui ils pouvaient s’identifier. LCDR : Dans vos conclusions, vous avez dit que même si l’élection avait été libre, le résultat aurait été le même. Sur quels faits reposez vous cette affirmation qui semble désobligeante pour les opposants démocrates ? A.G. : Hélas, je sens bien qu’ici la démocratie est discréditée, car assimilée au chaos, à l’enrichissement d’un petit nombre, à la misère. C’est une vision différente de la nôtre. Mais nous ne sommes pas là pour être des professeurs en train de donner des leçons de démocratie. Il faut voir la Russie avec toutes ses ambivalences et ses ambiguïtés. Il faut savoir prendre ses distances vis à vis de ses propres habitudes et comprendre comment les Russes pensent. Jamais dans l’histoire de la Russie, il n’y a eu autant d’optimisme dans la société, avec des salaires versés et en augmentation. Je suis ce pays depuis longtemps et pas seulement lors des élections. Cette présidentielle avait des allures de plébiscite. C’était un vote de confiance au président sortant Poutine, un vote pour la stabilité et la continuité. C’est pourquoi je pense que le résultat reflète la volonté de la majorité. |