 | Dimitri Medvedev sourit à l’Europe… du bout des lèvres Comment la place de la Russie dans l’arène internationale va-t-elle évoluer avec l’avènement du nouveau président ? Rapprochement avec l’Occident et ses valeurs, ou prolongement de l’idée du « rôle particulier » de la Russie dans l’histoire universelle ? Les curieux de politique internationale se posent actuellement ce genre de questions, et le nouvel heureux élu ne s’empresse pas d’y répondre « Il y a un réel changement de ton ! Moins de tirades antioccidentales. Plus de modération et de positions constructives. » Un haut fonctionnaire européen s’est dit agréablement surpris par la nouvelle ambiance dans la diplomatie russe, au sortir d’une récente rencontre bilatérale. « Sans doute est-ce lié à la nouvelle présidence... », a-t-il poursuivi. Un climat d’apaisement qui semble avoir rassuré aussi Condoleezza Rice et Robert Gates. En visite à Moscou fin mars, la secrétaire d'État américaine et son collègue secrétaire à la Défense ont eu droit aux grands honneurs au Kremlin, reçus par Vladimir Poutine et son successeur Dmitri Medvedev. Mezza voce, ils ont reconnu avoir noté un ton plus conciliant qu’auparavant, notamment sur l’épineux dossier de la défense antimissile. Paradoxalement, Poutine avait pourtant, quelques jours plus tôt, prévenu les occidentaux : leur relation avec le Kremlin ne deviendra pas « plus facile » avec Medvedev. « Certains de nos partenaires attendent avec impatience de me voir cesser d'exercer mes fonctions », a ironisé l’ex-président russe, dans une allusion au malaise que suscite depuis huit ans son passé d’espion du KGB. Medvedev « sera libre de montrer ses vues libérales. Mais il n'est pas moins russe nationaliste que moi, dans le bon sens du terme. C'est un patriote qui défendra les intérêts de la Russie sur le plan international. » Le président n’a pas choisi n’importe quel « partenaire » pour lancer cet avertissement. Il s’est ainsi exprimé en face d’Angela Merkel, premier chef d’état étranger à se rendre à Moscou depuis la présidentielle du 2 mars. La chancelière allemande n’a d’ailleurs pas manqué de réagir avec humour lorsque, après son entretien avec Poutine, elle a rencontré séparément Dmitri Medvedev. « Le président Poutine vient de nous annoncer que les choses ne seraient pas plus simples avec vous qu’avec lui. Je me suis retenue de répondre que j’espérais que cela ne serait pas plus difficile ! », a-t-elle lancé sur le ton de la plaisanterie, provoquant un sourire de la part de son interlocuteur. Le nouveau président laisse planer le mystère. « Ma priorité est de mener une politique extérieure indépendante, comme celle qui a été menée ces huit dernières années », a-t-il expliqué après son élection. Au lendemain de l’annonce de sa candidature, en décembre, il avait pris des accents proches de ceux de son prédecesseur, rappelant que « l’attitude du monde vis à vis de la Russie a changé. Il n’est plus question de nous donner des leçons. » Lors de sa campagne, il a accusé le British Coucil, organisation culturelle britannique, d’espionnage. Et, à la veille de la présidentielle, il s’est rendu à Belgrade, s’affichant en patriote pan-slave et dénonçant l’indépendance du Kosovo. Mais il n’a pas repris les propos virulents de Poutine, et a même insisté sur la nécessité de « coordonner [les] efforts pour sortir de cette situation compliquée. » Libéral sous le contrôle des « faucons » du Kremlin, Medvedev s’est en réalité assez peu exprimé par le passé sur les questions diplomatiques. « La Russie doit se positionner en Europe », déclarait-il en juin 2006, quelques mois après avoir été nommé premier vice premier ministre. Depuis, il a certes fait sensation l’année dernière à Davos, mais son discours s’y est réduit à des questions économiques. Poutine, qui décrit Medvedev comme son élève et l’a présenté au récent sommet des Etats post-soviétiques en « coauteur » de sa politique, n’a curieusement pas envoyé son protégé en février à la conférence de Munich, où l’an passé il avait pourtant âprement critiqué les Etats-Unis. « En parlant peu de politique étrangère, Medvedev a peut-être voulu montrer qu’il ne voulait pas participer à la démagogie anti-occidentale. Mais, fidèle à son équipe, il ne s’y est pas non plus opposé », assure Ivan Safrantchouk, expert de l’Institut américain de Sécurité Mondiale à Moscou. « Son caractère est européen. Ses priorités seront l’Europe et la Chine dont il se sent proche. Et il empêchera un envenimement des relations avec les Etats-Unis. » Mais Medvedev pourra-il être autonome, quand Poutine, après la passation des pouvoirs en mai, prévoit de devenir son influent premier ministre ? « Pour la presse occidentale, il y a désormais deux leaders à Moscou : le bon et le méchant. C’est artificiel ! », ironise Dmitri Kosyrev, politologue proche du Kremlin. En quittant Angela Merkel, Vladimir Poutine a d’ailleurs entretenu le suspens, déclarant qu’il ne s’agissait pas de « [leur] dernière rencontre »... | |