Dmitri Medvedev face aux inquiétudes du patronat russe
Tout aux préparatifs de son arrivée au pouvoir le 7 mai, le nouveau président Dmitri Medvedev a convoqué au Kremlin, mardi 8 avril, les représentants de l'Union des industriels et des entrepreneurs, le patronat russe. Le successeur de Vladimir Poutine, que l'on dit plus libéral, tient à développer le rôle des petites et moyennes entreprises. Pour l'instant, les PME (15 %) sont à peine visibles. Dans une économie centrée sur la production de matières premières, les mastodontes du secteur d'Etat (Gazprom, Rosneft) écrasent le reste.
Pour augmenter la production russe à la traîne, "parfois de vingt fois inférieure à celle des pays développés", a rappelé M. Medvedev, les PME sont sollicitées. Jusque-là, le secteur privé a plutôt été malmené. Durant les deux mandats de Vladimir Poutine, l'Etat russe n'a eu de cesse d'étendre son contrôle sur l'économie, allant jusqu'à dépecer la major pétrolière privée Ioukos - numéro un du secteur en Russie -, dont les actifs ont été captés par Gazprom et Rosneft.
Accusé de fraude fiscale, le patron de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, a été expédié pour huit ans dans une prison à la frontière de la Chine, à 7 000 kilomètres de son domicile. Depuis, les pressions du Kremlin sur le secteur privé n'ont fait que se renforcer. Depuis deux semaines, des opérations de police ont été menées contre la société pétrolière russo-britannique TNK BP (détenue à 50 % par BP) ou contre Eldorado, une chaîne de vente au détail de matériel électronique.
Alarmés par un tel climat, les patrons russes du secteur privé ont fait part de leurs doléances au futur président. Ils se sont plaints de la faiblesse du cadre juridique, des pressions administratives, de la corruption. Très répandue, celle ci "est en proie, comme les prix des denrées, à une inflation sans précédent", constate un petit entrepreneur moscovite.
Au cours de la réunion, Alexandre Chokhine, le président de l'association des patrons, a évoqué le cas de Domodedovo, l'aéroport le plus moderne de Moscou, menacé de renationalisation, ou plus exactement d'une reprivatisation au profit du clan au pouvoir. Géré depuis dix ans par East Line, une compagnie privée, Domodedovo est l'aéroport qui affiche les meilleurs services et les conditions d'accueil les plus favorables pour les clients.
75 compagnies aériennes l'ont choisi. L'allemande Lufthansa, numéro un du trafic vers la Russie, vient de s'y installer, après British Airways et Swiss Air. A Domodedovo, on ne voit pas, comme à Cheremetievo II, l'autre aéroport gérée à la soviétique par la municipalité de Moscou, les douaniers russes héler des passagers parmi la foule, les sommant de confesser sur le champ à voix haute le montant de devises qu'ils portent sur eux. Sa fréquentation a augmenté de 20 % en 2007.
Un tel succès ne pouvait passer inaperçu. Depuis 2005, East Line est harcelée par l'agence fédérale pour la propriété, qui réclame par voie de justice un réexamen des loyers pour les pistes et les installations données en location. Pis, la propriété de l'aérogare - acquis par East Line en 1998 et rénové pour un milliard de dollars, soit l'investissement le plus important jamais fait dans le secteur - est remise en cause. Arguant d'une privatisation illégale de l'aérogare, l'Etat veut en reprendre le contrôle.
Confinant à l'absurde, la justice a ordonné à East Line, le 20 mars, de restituer l'aérogare, tel qu'elle existait en 1997. La chose est impossible. L'aéroport de Domodedovo était à cette époque dans un état pitoyable avec des bâtiments d'une telle vétusté qu'ils menaçaient de s'écrouler. La compagnie, pour s'exécuter, devrait démolir l'aérogare flambant neuve et reconstruire la vieille ! Ce projet de renationalisation illustre la schizophrénie du pouvoir russe, libéral dans le discours mais obsédé par la confiscation.