 | Les illuminés de la secte de Penza retrouvent l’air libre Ils sortent aujourd’hui pas à pas de leur cave. Probablement sans savoir qu’ils font la une de la presse russe depuis plus de cinq mois. Révélatrice de l’expansion des sectes sur le territoire de l’ex-URSS, l’affaire de Nikolskoïe remonte au mois d’octobre dernier. Dans la campagne de ce village de la région de Penza, à quelque 600 kilomètres au sud-est de Moscou, une trentaine de personnes, en majorité des femmes, ont alors décidé de s’isoler dans un refuge souterrain creusé au flan d’une colline. Depuis des semaines, selon les journaux qui ont multiplié les révélations sur l’affaire, ces adeptes avaient préparé leur repaire, installé une cuisine de fortune, rassemblé bouteilles de gaz, livres et jeux d’échec, stocké une demi tonne de miel, à peu près autant de jambon et suffisamment de réserves alimentaires pour survivre jusqu’en mai. C’est en effet à cette période que doit avoir lieu l’Apocalypse, à une date que les membres de la secte ont déterminée en étudiant les étoiles, et de laquelle ils dési-raient précisément se protéger en se blotissant sous terre. Cependant, depuis une semaine en-viron, la majorité de ces troglodytes religieux reviennent petit à petit à la surface, par groupes, et apparemment tous en bonne santé. Parmi eux, trois enfants et un bébé. Les raisons de leur « retour » sont avant tout pratiques : avec le dégel, la neige sur la tannière a fondu et l’eau a provoqué l’effondrement d’une partie de l’abri. Les adeptes affirment être sortis après avoir reçu « des signaux du Ciel » : Dieu leur aurait ordonné de quitter le refuge après le quatrième effondrement. Une fois à l’air libre, les fidèles ont refusé tout secours médical et se sont retrouvés dans une petite maison en bois pour poursuivre leurs prières. Ils disent vouloir y rester jusqu’aux Pâques orthodoxes, le 27 avril. Alors que d’autres glissements de terrain menacent le reste de la construction souterraine, les négociations se poursuivent pour accélérer la sortie des onze derniers adeptes. Tout ceci avec une immense prudence, étant donné que les membres de la secte ont depuis longtemps promis de se faire sauter à l’aide de leurs bouteilles de gaz, au cas où la police déciderait d’employer la force. Un prêtre qui, au début de l’affaire, avait tenté d’intervenir, avait été accueilli par des coups de feu. « La secte de Nikolskoïe ne constitue pas une exception. De plus en plus de rassemblements de ce type apparaissent en Russie. On a déjà vu des groupes de gens se réfugier dans la taïga pour fuir la fin du monde ! », souligne Alexandre Dvorkine, professeur à l’université orthodoxe St Tikhon et spécialiste des sectes. L’un des mouvements les plus connus est une communauté rurale près de la ville sibérienne d’Abakan : 5 000 fidèles y suivraient les ordres d’un an-cier policier recyclé en Christ. Certaines sectes russes ont d’autre part commencé de s’implanter à l’ouest, comme le mouvement d’Anastasia, du nom d’une mystérieuse et invisible femme blonde, qui vivrait dans la forêt et communiquerait par l’intermédiaire du gourou. La Russie pourrait recenser aujourd’hui entre 500 et 700 sectes, réunissant de 600 000 à 800 000 fidèles. « Il est impossible de fournir des chiffres exacts, explique Oleg Steniaev, père orthodoxe et directeur d’un centre de réhabilitation. La plupart de ces organisations ne sont pas enregistrées, et ne veulent surtout pas l’être. Elles rejettent l’ordre établi, autant religieux que socio-économique, et attirent les personnes faibles : retraités pauvres, étudiants délocalisés, chômeurs sans famille... » « Les sectes se développent parce qu’elles jouent sur l’imitation des religions », précise Steniaev. « Le vide religieux créé par l’URSS a des conséquences jusqu’aujourd’hui : il faut du temps pour reconstruire des églises et, surtout, des écoles religieuses », ajoute Dvorkine. La majorité des sectes se présente donc assez aisément comme orthodoxes. C’est le cas de celle de Nikolskoïe, créée par Piotr Kouznetsov, ancien ingénieur actuellement en observation dans un hôpital psychiatrique, qui a tout quitté pour s’autoproclamer prophète et lancer sa « Vraie Eglise orthodoxe ». Pas d’inquiétude néanmoins, il a bien évidemment béni ses disciples avant de les envoyer sous terre. | |