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Eleveur francais à Lipetsk

Publié le par SABAKA

 







 



Le Courrier de Russie |26 Juin 2007 | Edition 104 | Communauté | Jean-François Guélain |





« A la campagne je retrouve mes racines », raconte Patrick Hoffman, directeur général d’Euroslats, une société à capitaux internationaux qui produit de la viande de porc dans la région de Lipietsk. « J’ai été élevé dans un petit village de 500 habitants en Lorraine et mon grand père était cultivateur », explique-t-il. Pourtant, Patrick a d’abord eu un parcours plutôt urbain.

Ingénieur, il commence sa carrière chez Aérospatiale où il travaille sur des missiles nucléaires. Puis, après avoir obtenu un MBA, entre à la banque Lazare où il s’occupe pendant quatre ans de fusions acquisitions avant de passer à la gestion d’opération de LBO pour quatre années supplémentaires. « J’ai fait ce que tout le monde voulait faire à l’époque, c’est-à-dire travailler à l’Aérospatiale puis chez Lazare. Pourtant j’ai eu envie de changer, confie-t-il. Un entrepreneur dont nous avions racheté la société travaillait depuis longtemps avec la Russie où il exportait du porc à l’époque des subventions européennes. Nous venions de racheter sa société et il m’a proposé de l’accompagner dans une entreprise qu’il montait en Russie. Il était convaincu que l’élevage de porc y était une activité très prometteuse. Il faisait l’analyse suivante : Le porc est un vecteur qui transforme des céréales en viande. C’est-à-dire qu’il dépend d’une matière première abondante et bon marché en Russie et devient un produit en déficit localement qui se monnaye un peu moins de 2 euros le kilo sur carcasse (non découpé) soit près du double des tarifs européens. J’ai été convaincu et nous nous sommes associés. Nous nous sommes implantés dans la région agricole de Belgorod, avons fait venir des experts bretons et avons commencé par construire une ferme de multiplication génétique, c’est-à-dire composée de 2500 truies destinées à la reproduction. En 2002, nous nous sommes chamaillés et il s’est associé à des partenaires russes qui ont fini par l’exproprier ».

Mais Patrick décide de rester et de recommencer l’aventure. Dans un premier temps il monte une petite société de conseil qui lui permet de « vivoter » en attendant de retrouver une opportunité. Il finit par prendre contact avec le sucrier Sucden qui possède 100 000 ha de céréales en Russie, à Krasnodar, Penza et Lipietsk. Celui-ci accepte de prendre 30% du capital de la société que monte Patrick qui réussit par ailleurs à attirer dans son capital l’américain Natural Pork qui possède un énorme élevage de 2 millions de porcs aux USA. En septembre 2005 Patrick Hoffman boucle un tour de table de 5,5 millions d’euros qui rassemble des personnes physiques et de gros investisseurs. C’est l’année du cochon qui fait en Russie l’objet d’un plan national. Il s’aperçoit vite qu’il doit assumer toutes les étapes de la production et par exemple construire lui-même les caillebotis en béton nécessaires à l’équipement de la porcherie.

« Nous sommes mêmes devenus leaders sur cette niche et avons été débordés de commandes pendant plus d’un an. » A l’issue de la première phase du projet, Patrick réunit les actionnaires et prépare le nouveau développement de la société qui prévoit une deuxième ferme génétique de 2800 truies et des fermes de productions. Au total Euroslats prévoit une production de 500 000 porcs par an. Il s’associe aussi à des Scandinaves pour l’abattage et lève 150 M d’euros, dont 70% en dette auprès de la Sberbank, le reste auprès des actionnaires et de fonds d’investissement. « Nous percevons mêmes des subventions du gouvernement russe, qui dans le cadre du programme national du développement de la filière paye les intérêts de nos emprunts » s’enthousiasme Patrick. Interrogé sur les difficultés qu’il a pu rencontrer dans son projet, Patrick Hoffman assure que le vice-gouverneur de la région de Lipietsk, Nikolaï Taguintsev, lui a offert, pour résoudre les menus problèmes administratifs, son aide « réelle et, curieusement, quand on a visité d’autres régions, désinteressée ».

Jean-François Guélain

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