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Les PME relèvent le défi…

Publié le par SABAKA

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Le Courrier de Russie |23 Mai 2008 | Edition 124 | La Une | Inna Soldatenko |




… Envers et contre tous
Le premier oukaze de Dmitri Medvedev, cinq jours après son inauguration, portait sur la protection des petites et moyennes entreprises. La volonté du nouveau président est de diminuer le nombre de contrôles infligés aux PME, de leur accorder le droit d’acquérir des locaux publics à des conditions privilégiées et de permettre aux plus petites d’entre elles de ne pas utiliser de caisses enregistreuses dans leur travail. L’initiative de Dmitri Medvedev a été saluée avec un enthousiasme tout relatif par la communauté d’affaires. Lors de son élection, Vladimir Poutine avait lui aussi promis d’améliorer la situation des PME, pourtant les nombreuses difficultés que rencontrent les petits entrepreneurs ont peu diminué ces dernières années. Le Courrier de Russie s’intéresse de plus près à ce qui entrave le développement des petites et moyennes entreprises.

Chiffre… tenu secret

« Si vous souhaitez connaître le nombre exact des PME en Russie, revenez me voir dans deux mois, lance Viktor Ermakov, directeur de l’Agence russe de soutien aux petites et moyennes entreprises. Ce n’est qu’à cette période que les statistiques exactes seront établies ». Et quid des chiffres moins récents ? Il semble qu’ils ne correspondent plus aux nouvelles définitions des PME élaborées par la loi entrée en vigueur en janvier 2008. Les seules petites entreprises étaient autrefois prises en compte, et les données disponibles ne sont basées que sur ces dernières. La nouvelle version de la loi établit également le statut de l’entreprise moyenne et prévoit les moyens de sa protection sur le marché. Selon l’Agence, le nombre total de PME rus-ses devrait approcher les 7 millions. Elles emploieraient 30 millions de personnes et produiraient 47% du PIB. En attendant confirmation ou démenti, le ministère du Développement économique présente les chiffres de l’année dernière, affirmant que l’on recense en Russie, au 1er juillet 2007, 1133 000 PME, soit une hausse de 10% par rapport à l’année précédente. Elles emploient environ 8,5 millions de personnes et assurent 16% du PIB.

Domaines de prédilection

« Plus de 50% de petites entreprises russes font du commerce ou travaillent dans le tertiare, affirme Viktor Ermakov, dépité. L’industrie, le transport et les hautes technologies représentent à peine 10% de leurs activités.» Pourquoi une telle homogénéité ? « L’inflation en hausse permanente est un des facteurs d’explication majeurs, commente l’expert. L’argent qui circule sur le marché coûte cher, il faut pouvoir en retirer des bénéfices rapidement, et le commerce est le domaine le moins risqué pour y parvenir. »

Faciliter l’accès aux crédits

Comment diversifier les intérêts des entrepreneurs ? « Le gouvernement a déjà élaboré un programme de développement des PME », affrime Viktor Ermakov. Il prévoit notamment la création de sociétés à capital risque pour investir dans les hautes technologies, celle de fonds de garantie permettant aux petits entrepreneurs de prendre des crédits sans devoir donner de caution ou encore l’augmentation des institutions de microfinance, censées proposer des prêts de faible montant aux businessmen débutants, qui n’ont pas les moyens d’accéder aux prêts bancaires classiques. « En 2007, le volume des microcrédits accordés aux entrepreneurs russes a dépassé deux milliards de dollars ! », se réjouit Viktor Ermakov. Le système de la microfinance est d’autant plus confortable qu’il permet au bénéficiaire du crédit de mettre en gage même... un troupeau d’oies ! C’est ce qu’a accepté une fois, selon l’adjoint du ministre du Développement économique Andreï Charov, une banque internationale implantée en Russie.

Le fléau de la corruption

Selon les estimations de l’Agence de soutien aux PME, un entrepreneur doit posséder 100 000 roubles minimum (2 695 Euro) pour démarrer une affaire à Moscou. La somme est suffisante pour ouvrir un magasin de fleurs, par exemple. Elle couvre le loyer, les frais d’enregistrement de l’entreprise et l’achat d’un stock de départ. Pourtant, elle n’inclut pas les quelques enveloppes qu’il faudra distribuer à certains fonctionnaires afin qu’ils aient l’extrême amabilité de faire accélérer les choses. « 53% des petites entreprises russes corrompent des services administratifs», estime Oleg Chestoperov, directeur général de l’Institut national des études systématiques des problèmes de l’entreprise. « En 2002, il est établi que les PME ont versé environ 13 milliards de dollars à des fonctionnaires sous forme de pots de vin, affirme-t-il à l’appui. Les sommes ont beaucoup augmenté. Une société consacre généralement 6% de son chiffre d’affaires à «graisser la patte » aux municipalités, pompiers, services sanitaires et autres institutions qui délivrent des autorisations. Le prix de chaque marchandise achetée en Russie inclut ces mêmes 6 % dépensés pour des pots de vin... » Des sommes colossales, pouvant aller jusqu’à quelques dizaines de milliers de dollars, reviennent aux fournisseurs d’électricité, qui décident si, oui ou non, l’entrepreneur pourra allumer la lumière dans son bureau, et combien il devra payer pour cela.

Peur du risque

Terrifiés par ce gigantesque système de corruption, le manque d’infrastructures nécessaires et les lourdes barrières administratives, les gens ne s’empressent pas de placer leurs économies dans la création d’entreprise. La part des entrepreneurs potentiels en Russie est de 4%, chiffre comparable à celui des pays développés qui varie généralement de 3 à 5%. Pourtant, seul 1% d’entre eux passent effectivement à l’action et lancent leur affaire, à leurs risques et périls. « Le fait témoigne de ce que le milieu extérieur, en Russie, est bien peu favorable aux petits entrepreneurs », se désole Viktor Ermakov.

Ces derniers ne sont plus des intellectuels démunis par la Pérétroïka, comme c’était le cas en 1993, mais des gens issus de toutes les couches sociales. On y trouve autant de jeunes diplômés brillants que de retraités encore pleins d’énergie.

Selon les estimations de l’Agence, les régions les moins dynamiques dans le domaine sont celles de Pskov, du Caucase et de l’Extrême Orient. En revanche, le nombre d’entrepreneurs a tendance à augmenter en Sibérie, notamment dans la région de Tomsk, à Kalouga et à Samara, sans compter Moscou et Saint Pétersbourg.
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