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AFFAIRE LITVINENKO : Un coup de la mafia russe d'Espagne ?

Publié le par SABAKA

L'ex-espion russe réfugié à Londres Alexandre Litvinenko aurait-il été liquidé par des chefs mafieux qui viennent d'être arrêtés en Espagne ? Le quotidien russe Izvestia est séduit par cette piste qui écarte les accusations portées contre Moscou.

La dernière "opération antimafia russe" menée dans les Pyrénées par la police espagnole [commencée le 13 juin] pourrait par ricochet aider les enquêteurs britanniques à élucider le mystérieux assassinat d'Alexandre Litvinenko. Plusieurs fois déjà l'hypothèse a été avancée que l'empoisonnement au polonium de cet ancien officier du FSB, soupçonné d'être un agent du MI-6, par ailleurs proche de l'oligarque déchu Boris Berezovski, avait pu être commandité par des chefs de la "mafia russe" en Espagne, et pas seulement par ses "ex-employeurs". Car le défunt aurait aussi livré aux services de renseignements de nombreuses informations sur ces chefs mafieux.

Il y a un an, en juin 2007, l'homme d'affaires [et ancien agent des services secrets russes] Andreï Lougovoï, que la police britannique accuse du meurtre, disait dans nos colonnes que son ancien collègue Litvinenko lui aurait confié, peu avant sa mort, être "plongé dans des recherches liées à la criminalité de ressortissants russes en territoire espagnol". A l'époque, Lougovoï avait aussi déclaré lors d'une conférence de presse que le meurtre pouvait avoir été le fait de la mafia russe en Espagne, parce que Litvinenko aurait aidé à faire tomber Zakhar Kalachov, surnommé "Chakro le jeune" ou "Chakro junior".

Criminel moscovite d'origine géorgienne, cet homme était considéré dans la capitale comme le chef des bandes de Brateevo, Izmaïlovo et Solntsevo [dans la banlieue de Moscou]. A l'instar d'un certain nombre de ses "frères d'armes", il était parti s'installer en Espagne, choisissant l'un des endroits les plus côtés et agréables, l'île de Majorque. En 2005, il avait changé son nom en Zakhar Kniazevitch, ce qui ne l'avait pas empêché de rester Chakro, toujours considéré, dans le petit cercle des immigrés de son espèce répartis sur les îles huppées de l'Espagne, comme le plus gradé. De chef de quelques bandes moscovites, il était même passé au rang de patron de l'ensemble de la mafia russe.

Les autorités espagnoles n'ont pas tardé à lancer une série d'opérations contre la "mafia russe", mais aussi contre des fonctionnaires espagnols qui l'avaient largement aidée. Chakro, pour sa part, réussit à filer et se retrouve à Dubaï. C'est là qu'il avait été arrêté en 2006, avant d'être extradé vers l'Espagne, où il a été jugé et condamné au bout d'un mois. En mars 2006, le maire de Marbella et ses adjoints sont à leur tour placés derrière les barreaux pour avoir aidé des mafieux russes à blanchir de l'argent sale.

Aujourd'hui, Marbella revient sur le devant de la scène, ainsi que la mafia russe, représentée cette fois par l'ancien chef criminel Alexandre Malychev et 19 de ses complices. L'opération de police de la semaine dernière a aussi permis de boucler un certain Vitali Izgilov, connu à Marbella sous le nom de "Vitalik le Fauve", un familier de Chakro junior.

Ces dernières années, des milliards d'euros ont été saisis sur les comptes des hommes arrêtés, ainsi qu'un important patrimoine immobilier. Des objets de valeur ont été confisqués à leur domicile et dans leurs bureaux, pour un montant de plusieurs centaines de millions. Les pertes ont donc été lourdes. Le plus infime soupçon que quelqu'un, Litvinenko par exemple, ait pu "filer" le moindre tuyau aux autorités impliquait pour lui les conséquences que l'on sait.

Ainsi, on ne saurait exclure tout lien entre son empoissonnement au polonium et les retentissants coups de filets espagnols. Les hommes de Scotland Yard vont en tout cas devoir examiner cette éventualité au lieu de ne rien faire et de seulement exiger que la Russie leur livre un de ses citoyens [Andreï Lougovoï].

Irina Toumakova (extraits) - Izvestia
Via : courrier international

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