Dmitri Medvedev veut un pacte stratégique "sérieux" avec l'UE
mercredi 25 juin 2008, mis à jour à 16:27
ReutersLa Russie veut négocier un accord de partenariat stratégique sérieux avec l'Union européenne mais qui ne croule pas sous les détails, déclare le président Dmitri Medvedev dans une interview accordée à Reuters.
S'exprimant avant un sommet crucial entre la Russie et l'UE qui s'ouvrira jeudi soir en Sibérie, le chef du Kremlin souligne que la Russie se considère comme "un Etat européen majeur (...) qui se définit lui-même comme faisant partie de l'Europe".
Le sommet de Khanti-Mansiisk doit lancer officiellement les négociations sur un accord de partenariat longtemps reporté et couvrant la totalité des relations parfois difficiles entre Moscou et ses voisins occidentaux.
"Cela doit être un document sérieux, mais dans le même temps il ne doit pas être alourdi par des points trop concrets; dans une large mesure, ce doit être un accord-cadre qui exposera les dispositions de base pour le développement des années à venir", a expliqué Medvedev.
La Russie souhaite un texte court, légalement contraignant qui sera suivi par une série d'accords plus détaillés pour empêcher que les échanges économiques et commerciaux ne soient affectés par des différends politiques, a déclaré Sergueï Prikhodko, conseiller en politique étrangère du président russe.
Tout en décrivant l'UE comme un partenaire "agréable" de la Russie, Medvedev estime que le principe de solidarité qui anime le bloc européen "crée parfois des problèmes pour le fonctionnement des mécanismes de l'UE".
L'allusion vise les 18 mois de report de ces négociations, du fait des objections de la Pologne puis de la Lituanie.
Pour le président russe, le rejet par l'Irlande du traité de Lisbonne est aussi un exemple caractéristique de l'impact parfois négatif que peut avoir la règle de l'unanimité sur les propres intérêts de l'UE.
"Je ne considère pas l'Union européenne comme un partenaire dur, ou difficile. Mais c'est un partenaire qui rencontre périodiquement des difficultés", ajoute-t-il.
Pour les Vingt-Sept, la négociation d'un partenariat stratégique avec la Russie est essentielle pour sécuriser l'approvisionnement de leur marché en source d'énergie - la Russie fournit le quart du gaz consommé en Europe - et améliorer la protection des investissements d'entreprises européennes sur le marché russe.
Lors du sommet de Khanti-Mansiisk, qui interviendra sept semaines tout juste après son entrée en fonctions, Medvedev s'entretiendra avec le Premier ministre slovène Janez Jansa, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, la commissaire aux relations extérieures de l'UE Benita Ferrero-Waldner et le porte-parole de la diplomatie européenne Javier Solana.
Le nouveau chef de l'Etat russe a plusieurs fois fait part de sa volonté de poursuivre la politique étrangère menée par son prédécesseur et mentor Vladimir Poutine qui a irrité plusieurs pays européens.
Dans l'entretien qu'il a accordé à Reuters, Medvedev a toutefois montré une approche plus conciliante.
"En termes de priorités pour la relation entre la Russie et l'Union européenne - c'est une relation entre la Fédération de Russie, un Etat européen important qui se définit lui-même et se conduit comme faisant partie de l'Europe, et l'Union européenne", a-t-il dit.
Des responsables européens ont salué le ton nouveau en vigueur au Kremlin mais attendent toutefois de voir si cela se traduira par de véritables évolutions.
"Nous voyons (...) des signes encourageants mais de toute évidence, il s'agit d'un nouveau président dans une nouvelle fonction avec ses ambitions et nous voulons voir comment il souhaite mettre en oeuvre ses objectifs politiques", a déclaré un responsable européen qui a requis l'anonymat.
Lors du sommet, Medvedev a également l'intention de présenter un nouveau projet d'accord collectif européen de sécurité, a rapporté Prikhodko.
"Ce n'est peut-être pas pour aujourd'hui ou pour demain. Mais si nos partenaires européens veulent s'y joindre, nous l'apprécierions", a dit le conseiller russe.
Version française Henri-Pierre André et Gwénaëlle Barzic