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Experts à Medvedev: il est temps pour la Russie de devenir une démocratie

Publié le par SABAKA

MOSCOU (AFP) — Il est temps pour la Russie de devenir une démocratie pour parachever sa modernisation et empêcher des crises politiques, estiment des experts proches du président Dmitri Medvedev dans un rapport débattu mercredi à Moscou avec des opposants politiques.

"Démocratie atypique" comme la Corée du Sud, Taïwan ou la Malaisie, "la Russie est (arrivée) à la limite au-delà de laquelle elle doit passer à une démocratisation pour poursuivre la modernisation", a déclaré Igor Bounine, président du Centre des "technologies politiques" qui a réalisé le rapport.

Un document commandé par l'Institut du "développement moderne" dont M. Medvedev est le président du Conseil de surveillance.

Les auteurs du rapport, après avoir interrogé une quarantaine d'experts et hommes d'affaires, considèrent que 2000-2008, années du règne de Vladimir Poutine, prédécesseur de M. Medvedev devenu son Premier ministre, ont été marquées par "une modernisation économique".

Ils énumèrent cependant "les faiblesses" du système : "Parlement servile", absence de pluralisme politique, système électoral qui n'assure pas d'élections libres, passivité de la société, perte de liens entre le pouvoir et la classe moyenne...

"La mise en oeuvre de la stratégie de développement du pays d'ici à 2010 qui met l'accent sur l'innovation, la haute technologie (...) est impossible dans le système vertical et hiérarchique dominé par la bureaucratie", met en garde le texte.

Ses auteurs appellent le président à faire "une révolution d'en haut" imposant la démocratisation en "Européen éclairé", selon les termes utilisés par M. Bounine.

Même s'il défend l'autoritarisme "préférable dans la première étape de la modernisation", le rapport tranche avec les doctrines idéologiques de l'époque Poutine qui ont imposé les notions de "démocratie dirigée" et de "démocratie souveraine". Chose rarissime, des experts critiques à l'égard du Kremlin ainsi que des opposants politiques ont été invités à débattre de ce rapport et leurs recommandations seront également soumises au président.

Pour Viktor Cheïnis, du parti démocratique d'opposition Iabloko, "il y a des paroles justes", mais il faut que le Kremlin envoie "des signaux" concrets.

"La Perestroïka est devenue réalité quand (Mikhaïl) Gorbatchev a procédé au retrait des troupes d'Afghanistan et a libéré (Andreï) Sakharov de son exil. Nous ne voyons rien de tel aujourd'hui", a souligné M. Cheïnis, faisant allusion au cas du magnat Mikhaïl Khodorkovski qui purge sa peine en Sibérie à l'issue d'un procès considéré comme politique.

L'arrivée au pouvoir de Dmitri Medvedev, qui n'était apparemment pas impliqué dans l'affaire Ioukos, a donné l'espoir à la défense d'obtenir une libération anticipée de l'ex-milliardaire.

Nikita Belykh du parti de droite SPS (opposition) s'est pour sa part dit sceptique quant à la volonté politique des élites de se démocratiser.

"Une partie des élites corrompues a franchi un point de non-retour; avec la démocratisation, leur sécurité personnelle est en danger", a-t-il affirmé.

Le communiste Vadim Soloviev a dit qu'il "plaçait des espoirs dans le nouveau président" pour mettre un terme au "régime autoritaire", tout en appelant à une large coalition des forces d'opposition.

Les experts indépendants ont de leur côté insisté sur la nécessité de libéraliser un système trop verrouillé pour empêcher des crises.

"Le système électoral est abominable et ne sert qu'à légitimer le pouvoir en place (...). Les institutions sont mécaniques et n'ont aucune liberté (...) Il n'y a pas de mécanismes pour évacuer le mécontentement", a déploré Nikolaï Petrov du centre Carnegie.

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