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Le réveil des «veuves noires», kamikazes du Caucase

Publié le par SABAKA

Par Jim Jarrassé
31/03/2010 | Mise à jour : 08:48
 
 Arme privilégiée de la rébellion islamiste du Caucase du Nord, les femmes kamikazes ont régulièrement ensanglanté la Russie ces dix dernières années.

 

C'était en octobre 2002, à Moscou. Des images de femmes portant des voiles islamiques et des ceintures bourrées d'explosifs tournent en boucle sur toutes les télévisions russes pendant la spectaculaire prise d'otages au théâtre de la Doubrovka. Après l'assaut, le bilan est lourd : 169 morts dont 19 femmes du commando terroriste. La Russie découvre dans la douleur le phénomène femmes kamikazes tchétchènes qui sont bien vite surnommées «veuves noires».

A l'origine d'attentats suicide en Tchétchenie dès 1999 - date de l'entrée des troupes russes dans cette république rebelle du Caucase -, elles ont refait parler d'elles à plusieurs reprises: l'attentat au cours d'un festival rock à Moscou en juillet 2003 (15 morts) et la double catastrophe aérienne le 24 août 2003 (90 morts) ont ainsi été causées par des femmes. Inactives pendant plusieurs années à Moscou, les «veuves noires» semblent aujourd'hui de retour. Elles sont en tous cas soupçonnées par les autorités russes d'avoir commis le double attentat de lundi. La tête et des parties du corps d'une des terroristes kamikazes présumées ont été découvertes dans la station de métro de Park Koultoury. «C'était une jeune femme de 18-20 ans, au visage typique du Caucase et aux yeux marrons», a indiqué une source au sein des forces de l'ordre.

Très peu de spécialistes se sont penchés sur le parcours de ces femmes et les raisons qui les poussent à se sacrifier. «Nous ne pouvons émettre que des hypothèses», admet Amandine Regamey, chercheuse associée au Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen de l'EHESS. La première d'entre elles : la vengeance de femmes qui ont perdu un mari, un père ou un frère au combat. «En Tchétchénie, toutes les familles et toutes les femmes ont été touchées pas la guerre», explique Amandine Regamey. «Et cela continue encore aujourd'hui car Ramzan Kadyrov (le président tchétchène, ndlr) poursuit une politique très répressive vis-à-vis des combattants islamistes et les opérations anti-terroristes menées par la Russie touchent encore des civils.»

 

Sous l'emprise de psychotropes

Après avoir connu durant la guerre la psychose des viols et des assassinats, les femmes de Tchétchénie vont au devant d'une nouvelle épreuve : celle du fondamentalisme religieux. «Kadyrov essaie de retraditionnaliser la société. Il veut rendre le port du voile islamique est obligatoire. C'est une nouvelle forme de violence plus spécifique». Le président, allié de Moscou dans la région, aurait même constitué des milices masculines, chargées de confisquer les téléphones portables des femmes.

Une pression morale qui entretient le profond malaise des femmes tchétchènes. «Beaucoup sont désespérées et très influençables», assure Amandine Regamey. A tel point que certaines trouvent refuge au sein des mouvements islamistes, peut-être plus par dépit que par idéalisme. Dans une enquête intitulée «Les fiancées d'Allah» publiée en 2003, une journaliste russe, Ioulia Iouzik, affirmait que seule une «veuve noire» sur dix était mue par un idéal. Les neufs autres, souvent sous l'emprise de psychotropes, seraient manipulées. Du côté des organisations terroristes, l'instrumentalisation de ces femmes est un bon moyen d'agir efficacement : moins suspectes que les hommes, les «veuves noires» se font moins facilement repérer lors d'une tentative d'attentat.

Une fois engagées, les femmes tchétchènes se retrouvent dans une impasse. Si elles décident de quitter le mouvement, elles sont considérées comme infidèles et risquent la mort. Difficile aussi de se rendre aux autorités russes. En 2003, une kamikaze qui s'apprêtait à commettre un attentat dans un café de Moscou a tout avoué aux forces de l'ordre et a donné des renseignements sur le groupe auquel elle appartenait. Elle a été condamnée par la justice russe à 20 ans de prison.

 

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