Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Entre l'enclume et le marteau

Publié le par SABAKA

Imprimer l'article
Envoyer l'article à un ami



Le Courrier de Russie |20 Mars 2008 | Edition 120 | La Une | Carole Guirado-Cailleau |




La Russie utilise les républiques sécessionnistes pour défendre ses intérêts sur l’espace post-soviétique
Lorsque le Kosovo a proclamé son indépendance, les régions séparatistes du monde entier furent les premières à le congratuler. Dans cette foule de télégrammes, trois provenaient de l’ex-URSS : de Transnistrie, d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Ces états autoproclamés exigent depuis plus de 10 ans la reconnaissance internationale de leur statut autonome et ont déjà exprimé à plusieurs repri-ses leur ambition d’intrégrer la Russie. Nous avons rencontré des habitants de ces trois régions indépendantistes. Comment ont-ils vécu ces sécessions ? Trois témoignages et trajectoires uniques.

Abkhazie : l’impasse des réfugiés

« Soukhoumi, je connais chacune des pierres de ton rivage, Soukhoumi, je garde dans mon cour mon enfance, Soukhoumi…». Khatouna Kiknavélidzé, géorgienne originaire d’Abkhazie, écoute parfois cette chanson nostalgique enre-gistrée sur son téléphone portable. « Voilà 16 ans que j’ai quitté Soukhoumi et ça me manque énormément. Mais j’y retournerai seulement quand la paix sera vraiment installée. » Cette jeune femme, comme quelques 250 000 autres Géorgiens d’Abkhazie, a fui lorsque la guerre aéclaté en 1992. L’Abkhazie, petit territoire du Caucase en bordure de la Mer Noire dont la frontière est à 15 kilomètres de Sotchi, s’est toujours distinguée par un fort sentiment identitaire. La région fut intégrée, sous l’ère soviétique, à la Géorgie, en tant que République autonome ; elle était une sorte de Côte d’Azur russe.

Mais dès 1989, les tensions s’avivent entre deux nationalismes en mal d’affirmation. Le jeune Etat de Géorgie, tout frais émancipé du bloc socialiste, cherche à imposer son autorité dans une région qui aspire à être reconnue comme nation souveraine. Le conflit ethnique est en germe. Khatouna, alors adolescente, se souvient qu’ « au lycée, par esprit de revendication, on portait des badges. Les Géorgiens portaient le drapeau géorgien et les Abkhazes, le leur. On commençait à se détester. Il y avait trois blocs, les Géorgiens, les Abkhazes et au milieu, les Russes, plus proches des Abkhazes. Chacun parlait sa langue et restait entre soi. » La suite, tristement logique. L’Abkhazie déclare unilatéralement son indépendance en août 1992, Tbilissi envoie des troupes et les Abkhazes s’entredéchirent ; Abkhazes de souche contre ceux d’origine géorgienne. Septembre 1993, les Abkhases, forts du soutien militaire russe, reconquièrent finalement le teritoire mais le bilan est lourd : 10 000 morts environ, 300 000 réfugiés et une situation sanitaire catastrophique. Pour la famille Kiknavélidzé, c’est le début de l’exil. D’abord en Géorgie où l’accueil par « la mère patrie » est médiocre. « Les Géorgiens eux aussi vivaient dans la mi-sère. Mais nous, les réfugiés, nous recevions des vivres des organisations humanitaires. Forcément, ça n’a pas aidé nos relations. Khatouna continue avec un léger sourire, ironie du sort, on nous appelait “ les Russes ” ».C’est justement la Russie qui devient sa seconde terre d’accueil. Et là commence l’imbroglio administratif du réfugié. « La Géorgie, comme la Russie, nous ont refusé le statut officiel de réfugié politique. On possède seulement le passeport soviétique géorgien, et un document russe mentionnant un statut de réfugiés de guerre, soupire la jeune femme. La Russie délivre depuis plusieurs années des passeports russes en Abkhazie mais les réfugiés géorgiens ne peuvent pas y circuler librement. Je pourrais payer pour obtenir ce passeport, mais je devrais alors renoncer à ma citoyenneté géorgienne. Et Saakachvili a été clair : nous serons alors considérés comme des traîtres, donc certainement interdits de séjour en Géorgie. Et j’ai de la famille là-bas aussi. » Comme pour beaucoup de réfugiés,le choix de vivre en Russie est avant tout motivé par des raisons économiques. Les conditions de vies sont précaires en Géorgie et risquées en Abkhazie, notamment à Gali, district de la zone de sécurité proche de la frontière géorgienne, où sont revenus 20 000 Géorgiens. Indépendante de facto depuis 15 ans, l’Abkhazie peut compter sur l’aide de son voisin russe : le rouble comme devise officielle, octroi de passeports et de retraites russes (2500 roubles contre 300 roubles abkhazes), et le 8 mars dernier, levée de l’embargo commercial, économique et financier appliqué depuis 1996. Face à la demande abkhaze de reconnaissance de sa souveraineté, la Russie préfère promettre une coopération économique accrue. Question de cohérence avec le Kosovo et Olympiades de Sotchi oblige. Mais les esprits sont loin d’être apaisés. Tbilissi promet une nouvelle guerre si la Russie reconnaissait l’Abkhazie, et le Sénat russe envisage une telle option si la Géorgie adhèrait à l’OTAN. Aux impasses géostratégiques se superposent celles de la haine entre des individus autrefois frères. Il paraît loin le retour des réfugiés
Commenter cet article