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Coeurs sauvages au service de sa Majesté

Publié le par SABAKA

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Le Courrier de Russie |20 Mars 2008 | Edition 120 | Histoire | Victoire Feuillebois |




Les cosaques russes content leurs exploits d’antan
Le Du Don au Dniepr, ces communautés d’hommes libres et de fiers cavaliers ont fait vibrer les cordes de l’âme slave depuis la fin du Moyen Age. Mais qui sont réellement ces Cosaques, corsaires de la steppe ?

Cheval au galop, sabre au clair et moustache au vent, le Cosaque dans son bel uniforme fait partie des mythes de la Russie : bon vivant, buveur et batailleur devant l’éternel, il incarne le pittoresque de la « gaieté cosaque » et posséde à la fois le caractère ombrageux et fier du héros romantique.

Les premières communautés cosaques ont vu le jour aux marges de la Russie actuelle, dès le XIIIème siècle : elles regroupaient ceux qui ne voulaient pas se soumettre aux princes russes et polonais affirmant leur pouvoir en cette fin de Moyen Age. On ne s’y trompera pas : le terme même de « cosaque » vient du turc et signifie « homme libre » ou « aventu-rier ». Disséminés dans les steppes méri-dionales d’Europe de l’Est, les villages cosaques accueillent les serfs en fuite, les déserteurs de l’armée, tous ceux qui cherchent refuge contre tsars russes, princes polonais ou sultans ottomans.

Et gare à ceux qui menacent leur li-berté : lorsqu’en 1648 le souverain polono-lituanien décide de soumettre les populations d’Ukraine, il se heurte à la fureur du chef cosaque local, l’hetman Bogdan Khlemnytsky, qui fait alliance avec les paysans ukrainiens et les Tatars de Crimée pour bouter l’envahisseur. Cette bataille célèbre a contribué à dessiner les frontieres actuelles de l’Europe. A la fin du XVIIème siecle, les Cosaques acceptent petit à petit de se soumettre au Tsar : en échange de leurs services de garde-frontières et de soldats d’élite, ils restent libres de vivre comme ils l’entendent et ... sont exemptés d’impôts : « nous ne nous inclinons devant personne, sauf le Tsar », devient leur devise. D’autres, tel le sultan ottoman, ont bien tenté auparavant de les embaucher, mais sans succès : dans un célèbre tableau d’Ilia Repine, les Cosaques Zaporogues, ivres de vin et d’insolence, lui écrivent une réponse qui fera bouillir le divin sultan. Le poète francais G. Apollinaire nous en livre le détail : « Poisson pourri de Salonique / Long collier des sommeils affreux / D’yeux arrachés à coup de pique / Ta mère fit un pet foireux / Et tu naquis de sa colique ». Le Tsar russe n’aura pas à regretter son choix : depuis le Cosaque Yermak qui est le premier à conquérir la Sibérie, jusqu’au soutien que beaucoup de Cosaques apportent aux armées blanches après 1917, ils montreront une loyauté à toute épreuve et un caractère d’acier.

Le Cosaque vit pour combattre : dans le roman de Gogol, Taras Boulba emmène ses deux jeunes fils sur le champ de bataille dès leur sortie de l’école, afin qu’ils connaissent l’épreuve du feu. Un Cosaque n’est pas un homme avant d’avoir tiré ses premières balles : il n’a pas le droit de se marier ! Leur vie est un idéal militaire de fierté et de dureté, où rien n’est pire que la trahison - Taras Boulba, voyant l’un de ses fils batailler au côté de l’ennemi, ajuste son fusil et tue lui-même son propre enfant, qui l’a déshonoré. Lorsque le second est fait prisonnier, le père déguisé assiste à son supplice sans jeter un cri de douleur.

Les Cosaques auraient-ils un coeur de pierre? Pas toujours ... Dans Le Don paisible, l’écrivain Mikhail Sholokhov décrit une communauté de Cosaques du Don prise dans la tourmente de la Révolution : mais pour Grigori, le personnage principal, le réel drame est de devoir choisir entre deux femmes plutot qu’entre deux camps... Quant à Mazeppa, le héros de l’opéra de Tchaikovsky, c’est par amour qu’il trahit Pierre le Grand et se met au service de son pire ennemi, le roi de Suède.

Vous l’aurez donc compris, les Cosaques ont un caractère bouillant : souvenez-vous en si vous en croisez un dans la rue à Moscou ! Ne lui rappelez pas que, si les communautés renaissent aujourd’hui et restaurent leur antique mode de vie après avoir été opprimées sous la période soviétique, certains mouvements moins nombreux associent le retour aux traditions ancestrales à un nationalisme inquiétant : il pourrait vous en cuire! Demandez-lui plutôt de vous improviser une danse cosaque, un kazatchok ou le fameux hopak...



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