 | Héritage du XIXe, l’influence du français dans la langue russe est toujours vivace et il suffit de tendre l’oreille pour le constater. Langue favorite des milieux aristocratiques et lettrés de jadis - Pouchkine n’était-il pas surnommé Le Français ? – qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Apprend-on encore le français en Russie ? L’apprentissage d’une seconde langue étrangère n’est pas obligatoire dans l’enseignement primaire et secondaire russe. L’anglais s’impose alors presque naturellement en premier choix à des jeunes Russes soucieux de leur avenir professionnel. Quant au second choix, si l’établissement le permet, il revient d’abord à l’allemand, puis au français. Dans la partie orientale du pays, celui-ci se voit également concurrencé par les langues frontalières. Un constat qui met au défi l’ensemble des acteurs de la promotion du français en Russie. Où cultive-t-on des francophiles Les écoles spécialisées ou « à enseignement renforcé du français » jouent un rôle de premier plan. Souvent prestigieuses, le français y est la première langue étrangère depuis la 1e ou 2e classe du primaire mais elles dispensent aussi un enseignement en français de certaines disciplines non linguistiques (civilisation, géographie, histoire, économie...). Nataliya Vassilievna Potapova est proviseur adjoint à l’école 1286, où 500 élèves ont choisi le français comme première langue étrangère depuis le primaire. « Convaincre les parents que le français en première langue constitue un choix pertinent n’est pas aisé, confie-t-elle. « La réputation de l’école et la mobilisation du corps pédagogique sont nos meilleurs arguments. Bien sûr, les élèves apprennent également l’anglais. Pour les parents, la connaissance de deux langues européennes est primordiale », poursuit Natalyia Vassilievna. Cette école propose régulièrement à ses enseignants des formations en Russie et en France et entretient un lien permanent avec la culture et la civilisation françaises par le biais d’activités auxquelles prennent part tous les élèves (concours ou ateliers d’artistes, création de spectacles, défilé en costumes régionaux, etc.). « Nos élèves acquièrent une maîtrise de la langue qui leur permet d’en faire un usage professionnel et de s’exporter, conclut Mme Potapova. Nombre de nos anciens élèves travaillent aujourd’hui en France. » Constat d’échec L’enjeu est tout aussi crucial pour la France qui mène, par le biais de son ambassade, une politique linguistique et éducative volontariste : formation des enseignants lors de séminaires encadrés par des experts venus des pays francophones, aide à la création de réseaux d’enseignants et promotion de la mobilité. Ainsi, comme l’explique Lise Ialamov, attachée de coopération pour le français, « chaque année, près de 120 jeunes Russes, lauréats des différents concours organisés par l’ambassade, partent découvrir une région de France. De plus, nous envoyons dans différents établissements scolaires français 40 étudiants pour toute une année scolaire comme assistants de langue. » Depuis 2004, l’ambassade mène une politique d’ouverture aux régions afin de sensibiliser et rassembler là où le français est moins bien implanté. Un leitmotiv repris par l’Association des Enseignants du Français en Russie (AEFR), créée pour la défense et la diffusion de la langue et la culture françaises en Russie. Selon Janna Mikhaïlovna Aroutiounova, présidente, « le français ne va pas bien. Après le formidable épanouissement de la langue française dans les années 1960, la Perestroïka a entraîné le déclin de celle-ci au profit de l’anglais et de l’allemand. La présence économique de la France dans notre pays n’est pas aussi forte que celle des pays anglo-saxons ou de l’Allemagne, malgré un attrait pour la culture française plus important. » Attrait économique contre attrait culturel, difficile de résister, même si, rétorquent les enseignants de français, les examens d’entrée à l’université sont plus accessibles avec le français comme première langue. « L’objectif de notre association, poursuit Janna Mikhaïlovna, est d’aider les enseignants à approfondir leurs connaissances et perfectionner les méthodologies d’enseignement. » Amuser et apprendre Le problème des méthodes se pose en effet aux professeurs de français, désireux de transmettre un enseignement académique rigoureux tout en offrant une connaissance actualisée et dynamique de la langue et du pays. Les méthodes russes, imposées par le Ministère, ont l’avantage de s’adresser à un public russophone : elles constituent un excellent repère lexical et grammatical pour les étudiants et sont financièrement accessibles. Toutefois, ces méthodes restent peu attrayantes et insuffisamment axées sur la communication orale et la civilisation. Les enseignants ont donc recours à des méthodes françaises pour étayer leurs cours, malgré le coût prohibitif de celles-ci. Selon Tatiana Ivanovna Pocherstnik, professeur de français à la faculté d’histoire au MGOU, « l’apprentissage du français est facilité aujourd’hui par la prolifération des moyens d’échanges et d’information et par une plus grande possibilité de voyager et de rencontrer, ici en Russie, des natifs. » Or, tous les établissements ne sont pas égaux et certains ne disposent pas de télévision câblée ou même de magnétoscopes pour utiliser ces méthodes. A cela s’ajoutent le recul du nombre d’apprenants et le faible taux de renouvellement des enseignants, car les salaires, très bas – même s’ils ont été multipliés par deux pour tous les enseignants de langue étrangère du secondaire cette année - n’incitent guère les jeunes diplômés à choisir la voie de l’enseignement. Néanmoins, le français semble connaître depuis peu un regain d’intérêt qui pourrait s’étendre, si l’apprentissage d’une seconde langue étrangère devenait obligatoire. Le français en chiffres Près de 800 000 Russes apprennent aujourd’hui le français - enseignements primaire, secondaire et universitaire confondus - pour un corps enseignant de plus de 12 000 personnes (ils sont 12 500 000 à apprendre l’anglais). Pour les années 2004-2006, on observe une baisse de 11,4% du nombre d’apprenants, contre -1,1% pour l’anglais. En 2006, on recensait en Russie 5 828 établissements où le français est enseigné (soit 12%), dont quelque 200 écoles à enseignement renforcé. (Données communiquées par l’Ambassade de France.)
Pour en savoir plus sur la coopération mise en place par la France : www.francomania.ru Pour en savoir plus sur l’AEFR : http://clubfr.narod.ru/ | |