10 groupes russe en vogues
Leningrad
Le groupe Leningrad est interdit de concert officiel à Moscou à cause de textes considérés comme indignes et nuisant à l’image de la Grande Russie. Les innombrables fans sont donc contraints de se serrer dans des salles minuscules écouter Chnour, alias Sergueï Chnourov, leader du groupe, raconter ses délicieuses horreurs... Célèbre depuis une dizaine d’années, le sulfureux chanteur – et auteur – s’est distingué par des chansons satiriques, pleines d’humour et d’esprit, raillant le médiocre et la routine... Les intellectuels en raffolent ! Il y dépeint des personnages de « ratés » sociaux, incapables de s’adapter au monde et à ses diverses contraintes. Chnour possède lui-même une image charismatique, entre mauvais garçon, ivrogne et chic type quand même, avec qui l’on s’attarderait bien pour boire un coup. Nonobstant les déboires malheureux des héros de ses chansons, la musique de Leningrad est des plus gaies, sorte de ska punk reggae rock... inclassable, et entraînante au point de faire bondir et danser bon nombre de trentenaires en costume, respectables et qui paient leurs impôts. Le groupe incarne la grande faculté des Russes à l’auto-dérision, car c’est notamment sur des textes comme « T’es un mec vraiment génial : tu bos-ses dans un bureau ! Quel con ! » que s’éclatent ces mêmes trentenaires respectables.
Zemfira
La chanteuse Zemfira fait aussi salles combles, malgré une promotion médiatique relativement faible. Elle est d’ailleurs connue pour son (sale) caractère : libre, exigente et indépendante, l’artiste n’hésite pas à envoyer prome-ner ses producteurs, et son dernier album n’est d’ailleurs sorti que grâce au soutien de la maison d’édition Kommersant, qui n’a rien à voir avec le business de la musique. Si Zemfira, souvent en tête des hits-parades nationaux, cherche actuellement de nouveaux sons et styles, sa musique continue de puiser ses racines au bon vieux rock russe à l’ancienne. Les textes de cette Belle rebelle ne sont pourtant pas parti-culièrement critiques à l’encontre du pouvoir ou du système, comme pouvaient l’être ceux des rockeurs charismatiques du temps de la Perestroïka, comme Viktor Tsoï ou Iouri Chevtchouk. Ses chansons parlent d’émotions, de corps et d’âme. Mais peut-être la sincérité des sentiments et du coeur représente-t-elle actuellement une forme réelle et authentique de subversion...
Compatriotes
Le collectif Compatriotes réunit 8 à 10 musiciens autour du Congolais Akim Moubai, qui vit depuis presque quinze ans en Russie, sans papiers. L’optimisime et la légéreté des rythmes africains ont du mal à se faire une place dans une Russie grave et sévère, consi-dérés la plupart du temps comme un simple divertissement, un peu exotique. Akim est néanmoins parvenu à se trouver des acolytes à Moscou, et partage avec eux sa passion depuis bientôt trois ans. Ce poète africain chante des textes dans un franco-congo-russe qu’il est en réalité seul à comprendre, et le public se régale des kilowatts d’énergie positive que le groupe lui envoie. Leurs meilleurs concerts se passent au club Proekt OGI, et vous enivrent plus que de l’alcool fort en plein soleil de midi. Les Compatriotes apportent partout leur insouciance, gaie et sereine ; et leur musique – du chant traditionnel au disco endiablé – invite à danser jusqu’au petit matin et fait oublier tous les petits tracas quotidiens.
Patnizza
Au début des années 2000, le groupe Patnizza (« Vendredi » , en français), ou 5’nizza, pour les intimes, a fait parler de lui dans les grandes villes russes. Ce duo de petits gars, originaires de Minsk, a été découvert – un beau jour ensoleillé, pendant qu’ils jouaient sur une plage du Festival Kazantip, sous l’oil hagard de deux spectateurs pelés et trois chiens tondus – par l’habile et perspicace Choum, producteur de son état, qui les a immédiatement invités pour un concert à Moscou. Et ils ont du chemin depuis, à tel point que leurs tubes Soldat et Rastaman sont connus jusque par tous les écoliers ! Les jeunes musiciens définissent eux-même leur style comme… indéfinissable. En effet, quand le chant rappelle directement le reggae ou le raggamuffin, l’accompagnement, lui, ne tient en rien d’influences jamaïcaines. Si l’on entend un peu moins parler d’eux ces derniers temps, les membres de Piatnizza sont pourtant toujours aussi doués pour réchauffer la scène et la salle dès les premiers accords, quand ils se produisent quelque part, dans une performance qui implique nécessairement et largement le public.
Deti Picasso
Le projet Deti Picasso (« les Enfants de Picasso »), qui réunit un frère et une soeur originaires d’Arménie, s’appa-rente à de l’ethno-rock. Il jouait du violoncelle pendant qu’elle chantait des vers en russe. Puis ils sont retournés à leurs origines et sont devenus célèbres par leurs arrangements rock de chansons du folklore arménien. Il est difficile de s’imaginer en regardant Gaya, la chanteuse, que cette fille toute fragile et douce possède une voix si puissante et si claire. Depuis huit ans, les Deti Picasso ont enregistré quatre disques, parmi lesquels l’avant-dernier, intitulé Profondeur, a été consacré « meilleur album de l’année » par la critique. Profondeur, voyage psychédélique trip-hop guidé par la voix de Gaya, est une invitation au rêve. Les Deti Picasso tournent aujourd’hui en Europe et collaborent avec des musiciens occidentaux.
Volga
Restons dans l’ethno/world. Volga, un collectif de trois musiciens et d’une chanteuse, Angela Manoukyan, est certainement plus connu en Europe qu’en Russie. Angela donne une nouvelle vie à des chants russes du Moyen Age, les interprétant à sa façon, infidèle et espiègle, pendant que ses musiciens créent un environnement électro des plus contemporains. La musique de Volga est destinée à un public averti et passioné, elle ne se chante ni ne se danse, et on va peu les voir en concert. Leur dernier album, sorti à Londres, n’est pas vendu en Russie. Ils ravissent le public des festivals « world », qui s’abandonne aux nuances et à la beauté de leurs sons et se perd dans leurs mélodies vagabondes.
Pelageya
Pelageya a débuté sa carrière à 8 ans, en remportant la première place au concours de jeunes talents Outrennaïa Zvezda (L’Etoile du Matin). Cette enfant prodige sibérienne à la voix forte comme le tonnerre a été remarquée par les musiciens rock Garik Soukatchev et Kalinov Most qui l’ont invitée à les rejoindre. A treize ans, Pelageya crée son propre groupe art-folk, sa voix étant heureusement trop puissante pour des mélodies pop sans consistance. Contrairement à Volga, cette surdouée de la musique n’utilise pas de sons électro, persuadée que guitares et batterie suffisent à accompagner les chants traditionnelles qui constituent la majeure partie de son répertoire. La jeune femme déclare vouloir faire revenir les jeunes à la musique de leurs ancêtres, à leurs racines. Peut-être reste-t-il du travail à Pelageya pour convaincre la jeunesse qui peuple les clubs techno, mais les mélomanes, eux, en sont fous.
Psychéa
Le groupe Psychéa, originaire de Saint-Pétersbourg, relie la meilleure tradition du rock russe underground à celui projeté actuellement sur MTV. Son public, jeune, torturé et inquiet, s’interroge sur l’existence et le monde. Les oeuvres de ces « psychos » sont, on l’aurait juré, expressives et dépressives, mais on y entend de vrais traits de génie musical parmi le macabre mix électro-nique et le son noir et abrupt des guitares et des voix. Leur musique post-punk pourrait bien damer le pion au r’n’b mielleux qui ravit la (très) jeune génération. Les nouveaux héros du rock de scène moderne, en somme...
2H Company
Les 2H Company sont aussi de Saint-Petersbourg, mais ils s’en foutent. Ils ne supportent d’ailleurs rien de ce qui ressemble de près ou de loin à une « étiquette ». Leur phrasé inimitable et leur beat brisé ont d’ores et déjà convaincu la Russie entière, même si les 2H préféraient se faire oublier. Pour mettre le feu à la capitale, rien ne vaut la retraite et le silence de la campagne, selon Misha, le MC. Il supplie les journalistes de tout poil de ne pas écrire qu’il fait du « rap ». Et il fait bien. Dans ses textes, pas d’histoires de la rue – ni pauvres, ni gangs, ni balles perdues – mais de la pure poésie. Misha possède un flow si rapide, que même les plus fans des fans sont incapables d’apprendre les textes par coeur. Mais ses mots laissent pourtant des traces dans les cerveaux et dans les coeurs. En 2007, Alekseï Mirochnitchenko, chorégraphe du théâtre Mariinski, leur propose une collaboration, la création d’un ballet sur leurs compositions. Passée la surprise – de taille –, les musiciens se mettent au travail pour quelques mois. La première de l’improbable ballet Ring s’est déroulée sur la grande scène de l’Académie. Expérience des plus rares pour la Russie...
Kasta
La bande des rappeurs de Kasta, fierté du Sud de la Russie, vient de Rostov sur le Don. Ils donnent le meilleur de ce que l’on attend de la musique des rues louches et des coins sombres. Ils restent honnêtes, francs et authentiques. Dix ans maintenant qu’ils s’insurgent contre les groupes artificiels, créés de toutes pièces pour rapporter un maximum d’argent en un minimum de temps. Il n’a jamais été question pour eux de venir s’installer à Moscou. Persuadés depuis toujours qu’ils étaient les meilleurs, ils ont fini par en convaincre tout le monde, et sont aujourd’hui largement reconnus. Bémol, ils ont revêtu depuis l’incontournable et international costume-du-rappeur-survet-adidas-baskets-nike, alors qu’on les aimait tellement mieux dans leur look des débuts qui ne ressemblait... à rien, mais tellement plus « russe ». Nobody’s perfect... Et s’ils ont perdu leur kitsh provincial, leur musique, elle, ne cesse de s’étoffer et de progresser en qualité. Leur titre « My berem eto na oulitsah » (Ca vient de la rue), sorti en 2007, avait représenté un coup de pied violent et salvateur dans la fourmilière des rappeurs russes. Kasta daigne, parfois, se déplacer jusque dans la capitale, pour présenter un album, par exemple. Mais allez plutôt vous-mêmes faire un tour du côté de Rostov sur le Don pour voir de plus près leur concert... et la Russie. Ca, c’est de l’aventure !..